Ça sent le sapin!

par 23 décembre 2019Art contemporain, Exposition

Composé de bouteilles de vin ou en forme de plug anal gonflable, le sapin de Noël ne cesse d’inspirer les artistes confirmés ou émergeants. Souvent détourné, il devient un objet contestataire, dénonçant le côté mercantile des fêtes de fin d’année ou encore pur blasphème. Tour d’horizon des sapins les plus mémorables.

Une pincée de tradition, un soupçon de provocation et deux bonnes louchées d’esthétisme, voici la recette idéale pour un sapin de Noël d’artiste. L’un de ceux qui a le plus marqué les esprits est sans doute Tree de Paul McCarthy. En octobre 2014, on accusait l’artiste américain d’avoir défiguré la très chic Place Vendôme à l’occasion du parcours de la Fiac. En effet, un plug anal géant en guise de sapin n’est pas du goût de tout le monde. Alors que la sculpture aurait sans doute passé inaperçu dans un musée d’art, elle crée ici immédiatement la polémique et finit par être vandalisée dès le lendemain de son installation, durant la nuit.

Tree (2014), de Paul McCarty

Mais qu’est-ce qui pousse les artistes à détourner un objet de décoration à la connotation hautement religieuse, originaire d’une tradition ancestrale païenne germanique? Est-ce le refus d’un monde où tout est a vendre, y compris tout ce qui a trait au spirituel, savamment orchestré par le marketing et la publicité? Ou est-ce une aspiration à une nouvelle liberté affranchie du poids de tout dogme répressif? Il y a bien de multiples raison de vouloir détourner un sapin, néanmoins il subsiste un point commun: les souvenirs d’enfance. L’entente et l’ambiance générale qui règne au sein d’une famille est bien souvent décuplée durant les fêtes de fin d’années.

The tree (2011) de Jolanta Šmidtienė

Halte à la déforestation! Si chaque année des milliers de sapins sont abattus pour décorer nos intérieurs, cette tradition donne naissance à un véritable gaspillage écologique. Bien qu’il soit possible maintenant d’en louer en pot, cette solution est rarement adoptée. L’artiste lituanienne Jolanta Šmidtienė a proposé une solution respectueuse de l’environnement avec The tree (2011), un sapin de Noël composé de 40’000 bouteilles en PET recyclées et de serre flex. Installé sur une place de Kaunas, le sapin de 13 mètres de haut ne manqua pas de faire briller les yeux des petits et des grands. Cette initiative fit des émules, puisqu’on vit fleurir des sapins en bouteilles recyclées sur de nombreuses places publiques au Pérou, au Mexique ou encore en Chine composés des packagings allant de Sprite à Heineken pour ne pas tous les citer. Parfois, le sapin de Noël va jusqu’à dénoncer la mer de plastique, notamment l’installation de Consider yourself as a Guest (Cornucopia) de Christian Holstad en août 2019 sur le Grand Canal de Venise.

Autre que les problèmes écologiques, plus que jamais actuels, les fêtes de Noël poussent au blasphème, on l’a vu avec Tree de Paul McCarthy. Rhonda Lieberman nous interroge sur notre identité avec Barbra Bush (1994) exposé lors de l’exposition ”Too Jewish?: Challenging Traditional Identities” au musée juif de New York en 1996. Son sapin blanc orné d’étoiles de David représentant l’ancienne première dame des USA joue avec les symboles judéo-chrétiens. Un Chrismukkah?

Maltraité dans l’exposition Christmas in July à la Galerie Yvon Lambert, le sapin est menacé d’être dynamité par l’artiste suisse Roman Signer (Room with Christmas Tree, 2010), ou encore saucissonné pour illuminer un autre sapin avec Loved Despite of Great Faults (2010) d’Alex Da Corte. L’arbre de Noël pousse à la destruction et au rejet des valeurs traditionnelles. D’autres évoquent un naufrage intérieur, c’est le cas de Thiago Rocha Pitta, avec son installation Notes on an inland shipwreck (2008), ou deux sapins sont encrés dans une barque.

Barbra Bush (1994) de Rhonda Lieberman

Room with Christmas Tree (2010) de Roman Signer

Mais le détournement le plus courant reste sans doute l’hyperkitschisation du sapin artificiel, dénonçant la surconsommation lors des fêtes de Noël. Chuck Ramirez nous offre une déclinaison de sapins artificiels monochromes aux couleurs vives (All This and Heaven, Too – 2017). Ici le design et le marketing nous poussant à acheter un nouveau sapin artificiel chaque année est au rendez-vous. Reflet de nos habitudes à changer de meubles régulièrement pour coller aux tendances actuelles, les décorations de Noël n’on jamais autant été thématiques. En version emboîtée, Shelf Made Christmas Tree (2019) par l’artiste suédois Michael Johansson rappelle les cargos venus de Chine remplis d’objets inutiles dont la vocation consiste à inonder un marché occidental saturé. Remplissant les zones de stockage des grands magasins, les sapins attendent d’être parés des dernières décorations design à la mode. Illustrés cette année par John Armelder au Mamco, ils attendront pour briller de mille feux avant de sombrer dans l’oubli. Ça sent le sapin!

Quicksand 2, John M. Armelder

Shelf Made Christmas Tree, 2019, Michael Johansson

All This and Heaven, Too, 2017, Chuck Ramirez

All about Happiness, 2013, Yayoi Kusama

Fraught Times: For Eleven Months of the Year it’s an Artwork and in December it’s Christmas, 2017, Philippe Parreno

All Night Party (FS), 2003, de John M. Armleder

Sweet Christmas Tree, 2017, Carine Bovey

Sans titre, 2014-2018, Tara Donovan

Carte Blanche, 2010, une installation de Michele Robecchi, où 450 cartes d’artistes exposés précédemment à la galerie Analix Forever ornaient des sapins.

Desempoladeira, 2003-2006, de Marepe

Mori Girl, 2012, Yoshitomo Nara

Notes on an inland shipwreck, 2008, Thiago Rocha Pitta

Loved Despite of Great Faults, 2010, Alex Da Corte

Christmas Tree, 2016, Shirazeh Houshiary

After Christmas Forever, 2005, Oskar Dawicki

Christmas (with Double Boy on Crutches), 1991, John Baldessari

Consider yourself as a Guest (Cornucopia), 2019, de Christian Holstad

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