La féérie du funèbre

par 18 juillet 2019Art contemporain

Promenons-nous dans les bois… après le passage du loup! Une ambiance mystérieuse règne sur un lieu de désolation où le temps semble s’être figé dans une féérie funeste. A la lueur des guirlandes lumineuses, nous entrons dans l’univers onirique de l’artiste Christine Boillat.

Dans Edgeland (2019), un dessin monumental long de 5 mètres, se déroule une scène aux dimensions inquiétantes dans un paysage sylvestre. Entre des arbres, on distingue des tentes éclairées par des guirlandes d’ampoules suspendues à des perches immergées dans l’eau s’approchant dangereusement de ce lieu de vie. Cet éclairage, dont l’usage habituel serait plutôt festif, souligne les plis des étoffes de ces abris de fortune et accentuent encore plus le côté irréel de la scène. L’artiste, habituée à dessiner des chapiteaux, a substitué ces derniers par des tentes. Appartiennent-elles à de migrants ou des personnes sans domicile fixe? Au loin, des personnages sur des échasses se confondent aux arbres. Ils semblent s’élever au-dessus des eaux, fuyant ainsi l’inondation. Sont-ce les survivants d’un naufrage économique ou politique? Ces personnages sans visage ni genre nous donnent l’impression d’appartenir à une autre réalité. On retrouve ces éléments dans la plupart des oeuvres de l’artiste, évoluant dans un décor emprunt de mystère. Parfois agrémentés d’une touche de couleur, ils dégagent néanmoins une certaine mélancolie.

L’accident, une notion importante dans ce dessin au fusain est renforcé par l’intervention de Nina Haab. L’installation Ruine N.2 (2019) vient perturber le mouvement de l’eau du dessin déroulé jusqu’au sol. Ce tabouret recouvert de sable est renversé sur le bas du dessin. Le meuble laissé à l’abandon fait écho aux tentes de Christine Boillat. De l’enfance qu’on laisse derrière nous, les souvenirs peuvent ressurgir dans nos rêves et créer une atmosphère à la fois gaie et déstabilisante.

L’abandon est un thème récurrent chez Nina Haab que l’on retrouve dans Facciamo un gioco (2018), un court métrage narrant le quotidien de deux enfants vivant dans la vallée de Blenio au Tessin. Cette région s’est dépeuplée au fil du temps à cause de l’exode rural. Les deux protagonistes quant à eux ne s’imaginent pas devoir quitter un jour leur territoire et s’inventent des jeux dans les paysages montagneux à proximité.

Edgeland
Du 15 juin au 13 juillet
Christine Boillat et Nina Haab

https://le-chat-perche.ch/lieux/duflonracz/

Edgeland de Christine Boillat, 2019 et Ruine N.2 de Nina Haab, 2019

Les échasses, 2014

Série Les guerriers, 2019

Partagez cet article:

Plus d’articles

Together We Shine Brighter

Together We Shine Brighter

Dans une harmonie de couleurs chatoyantes, les motifs évanescents de Crystel Ceresa répondent aux tracés vibrants de Daniel Orson Ybarra, transportant l’observateur dans un monde onirique.
La première émotion ressentie en découvrant l’accrochage dans la galerie Marthaler est empreinte de bien-être, de positivité et, en cette période particulièrement trouble, inutile de préciser à quel point on en a besoin!

Pause café

Pause café

A l’heure où l’Europe sortait de son confinement en début d’été, il ne fut jamais aussi bon de se retrouver autour d’un café. Le café, à la fois breuvage et lieu de partage, est fortement ancré dans notre culture. D’ailleurs, cette tradition est chère à la fondatrice de la galerie Gowen Contemporary, Laura Gowen. L’exposition Autour d’un café aborde ce thème bien au delà de son sens littéral. Quand les artistes s’ en emparent, chacun l’éclaire d’une lumière différente.

Women at work

Women at work

Ali Kazma présente sa première exposition thématique — et quel thème: WOMEN AT WORK. Ali Kazma estime que le moment est venu de reconsidérer ses/nos positions par rapport à la thématique des genres et de réfléchir à cette réalité de manière pro-active. Une exposition engagée à découvrir à la galerie Analix Forever.