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Le pouvoir des objets

par | 29 janvier 2019 | Art contemporain, Exposition

Lorsque les codes de l’Afrique contemporaine se mêlent aux motifs traditionnels dans un univers onirique, nous sommes bien face à une oeuvre de l’artiste sénégalais Omar Ba. En ce début d’année sont présentés ses tout derniers travaux à la Galerie Wilde, anciennement Art Bärtschi & Cie. Entre Genève et Dakar, il dresse le portrait d’une Afrique en perpétuel mouvement tout en conservant une approche universelle.

L’artiste cherche à créer une harmonie tout en combinant beauté et violence. Son oeuvre exprime des sentiments enfouis auxquels il ne peut pas toujours mettre des mots. Parmi ses thèmes de prédilection, on retrouve la guerre et l’après-guerre, mais aussi le terrorisme. Sur certaines de ses peintures, les armes apparaissent surdimensionnées, comme dans The Rider 1 (2018). Dans cette oeuvre au protagoniste chevauchant un pistolet géant, l’idée d’une guerre qui se répercute sur l’ensemble de la planète est très présente. Le cavalier semble régner sur un monde de désolation.
Les armes sont omniprésentes. L’artiste joue avec leur aspect pour ricocher dans notre imaginaire. C’est le cas dans Exotic fruit on a black background (2019) où ce qui à première vue semble représenter un ananas s’avère être une grenade. L’engin explosif, présenté ici parmi des couronnes de feuilles exotiques, nous apparaît comme un élément naturel. On peut également imaginer un masque tribal, ou un animal… Ces formes hybrides laissent à chacun le loisir d’en tirer des métaphores en lien avec l’humanité et le monde actuel.
The Rider 1, 2018
Exotic fruit on a black background (2019)
Banbara mask – modern reflection, 2019
Ce qui est frappant dans l’oeuvre d’Omar Ba, c’est cette minutie à reproduire des motifs sur de très grands formats. Chez lui, l’acte est aussi important que la réflexion. Dessiner des motifs représentant tantôt des végétaux, tantôt des formes géométriques consiste en une forme de méditation. Ces textures évoquent les imprimés des pagnes en wax traditionnels mais aussi ceux, plus modernes, reprenant en motif les dessins d’appareils électroniques, incarnant un mélange entre les traditions et les influences occidentales. On retrouve cette dualité dans Banbara mask – modern reflection (2019), où le personnage porte un t-shirt Nike, symbole du capitalisme et de la mondialisation, ainsi qu’un masque et une coiffe d’allure ancestrale.
L’artiste privilégie les grands formats pour renforcer l’interaction entre l’oeuvre et l’observateur. En effet, celui-ci doit reculer pour apprécier l’ensemble et s’approcher pour admirer les détails. Cette action s’apparente à une prise du recul sur le monde qui l’entoure. L’acte est très important chez Omar Ba qui conserve même les petits accidents survenus durant la création comme le crayon qui transperce le papier. Ils font partie à part entière de l’oeuvre.
Omar Ba utilise la plupart du temps le carton comme support, plus souple que les toiles et plus absorbant que le papier. Il y applique toujours un fond noir, car cela lui permet d’avoir une meilleure vue d’ensemble. Les formes et la lumière jaillissent, venant créer la composition du dessin. En Afrique, la couleur noire a une toute autre connotation qu’en Europe: elle représente le peau ou encore la terre. Elle est le symbole de la vie.
Les titres sont donnés à la fin, c’est la peinture qui détermine le nom de l’oeuvre. L’artiste s’aménage régulièrement des temps de réflexion durant la création de ses peintures afin d’insuffler un maximum d’énergie dans son oeuvre. Il nous livre ainsi des images puissantes, témoignage unique d’un monde en pleine mutation.
Jusqu’au vendredi 8 Mar 2019

Wilde (Art Bärtschi & Cie)
Rue du Vieux Billard 24
1205 Genève
Suisse

Dan mask on the white head – head with flags, 2019

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