L’objet de la mémoire

par 5 octobre 2019Art contemporain, Exposition

Fétiches, utilitaires ou porte-bonheurs, les objets font partie intégrante de notre quotidien. Ils prennent vie grâce à l’intervention de l’artiste israélienne Etti Abergel qui les met en scène par le biais de ses installations. Tel un journal intime de son quotidien, ils symbolisent l’empreinte de la mémoire.

Undershirt (2019) et Football (2018)

Journal intime visuel Les installations d’Etti Abergel sont un récit autobiographique visuel. A travers des objets usuels tels que des corbeilles à linge ou encore des casseroles, elle associe des souvenirs personnels, narrant des moments de son existence. Chaque installation fait office de chapitre. Après ses études à l’Académie Bezalel de Jerusalem, l’artiste s’est abstenue de toute exposition pendant 12 ans. Ce confinement l’a peut-être influencé sur son travail actuel. Le fait d’observer des objets du quotidien avec attention pousse à la réflexion. C’est aussi une manière de se remémorer des souvenirs, autre que par l’intermédiaire de personnes ou de photos. Il arrive souvent qu’un objet éveille en nous un instant partagé avec sa famille ou ses amis. Que ce soit l’argenterie qui nous rappelle le dernier repas pris avec ses proches ou encore le ballon de football que notre petit dernier a envoyé à travers le salon, les objets, quels qu’ils soient, font souvent office de support pour notre mémoire.

Handmade readymade
Certains des objets mis en scène dans les installations d’Etti Abergel sont faits main, les autres ont été chinés, ce qui a nécessité beaucoup de temps. L’artiste cherche avant tout à trouver des objets qui lui parlent. Déjà enfant, alors qu’elle vivait dans un appartement assez modeste, elle trouvait malgré tout que chaque objet qui l’entourait était digne d’intérêt. La fonction de ces derniers la fascinait autant que leur esthétique. Issue de la culture Mizrahi, l’artiste se sent aussi très proche de la culture européenne. Il est vrai que dans notre société de consommation occidentale, nous avons tendance à accumuler les objets, jusqu’à reléguer parfois leur utilité au second plan. Existant de manière indépendante, chaque pièce de l’oeuvre possède une fonction différente dans l’espace où elle est installée, retrouvant ainsi son importance et son rôle.

Chaque objet, qu’il soit créé ou emprunté, est modifié afin qu’il se fonde dans une esthétique épurée propre à l’artiste. Plâtrés, maculés de peinture blanche ou encore piqués d’épingles à nourrice, ils répondent tous à des critères évoquant la pureté. Cette approche met en valeur les éléments de chaque pièce, créant ains des images fortes. Nous pouvons noter que la plupart des objets traditionnels comme les théières et les casseroles sont suspendus par des chaînes. Est-ce une manière de dénoncer le poids des traditions? L’artiste confie ne pas vouloir entrer en rébellion envers sa propre culture, considérant que celle-ci fait partie intégrante d’ellemême. On peut aussi interpréter ces chaînes comme un symbole d’asservissement renvoyant aux conditions de la femme dans le monde. Les interventions de l’artiste prennent alors une dimension universelle.

Cut Basket (2019)

Drawing (2019), Underskirt (2019),  Football (2018) et X drawing / mandala (2019)

Les partitions des installations
Comme une construction bidimentionelle de l’espace, les dessins d’Abergel font parfois office de squelette aux installations futures. Ils expriment ses sentiments les plus profonds, mais aussi l’impulsion qu’elle veut donner à ses oeuvres en trois dimensions. Ils ne sont pas juste le schéma de projets futurs, mais une véritable oeuvre qui fixe ses pensées et, de manière abstraite, l’émotion qu’elle veut insuffler dans ses oeuvres en trois dimensions.

Avec sa maîtrise de la matière, Etti Abergel donne une dimension plus intimiste au ready-made. Ces installations nous confrontent et nous renvoient avec brio aux émotions que peuvent nous procurer certains objets de la vie courante. Une oeuvre aux images puissantes qui établit son travail de création comme un acte clairement politique et féministe.

de-decodage
A découvrir jusqu’au 17 novembre à la
Galerie Mezzanin
Rue des Maraîchers 63
www.galeriemezzanin.com

Pendulum (2017)

Pumps (2019)

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