Sélectionner une page

Trame du quotidien

par 22 janvier 2020Art contemporain, Exposition

L’artiste italienne Isabella Ducrot a le don de sublimer les objets usuels qui nous entourent. Répétés sur des étoffes et papier précieux, ils prennent vie et deviennent sujets. A travers cinq groupes de travaux bien distincts, l’artiste rédige une trame de notre quotidien.

En ce début d’année, la galerie Mezzanin consacre pour la première fois en Suisse une exposition personnelle à cette artiste originaire de Naples vivant à Rome. Son travail, fortement empreint de l’Italie et de la Méditerranée puise ses inspirations notamment dans des contrées lointaines. Passionnée de voyage, l’artiste a été fortement influencée par l’artisanat asiatique. En effet, on retrouve le Japon, la Chine, l’Asie centrale et l’Inde dans les matériaux utilisés pour ses créations. Parmi les cinq groupes de travaux, Showcase, Fazzoletti, Erotici, Vasi et Bella Terra, un point commun subsiste: la répétition. 

Dans les Fazzoletti, torchons typiquement italiens, c’est le cercle qui orne les carreaux de ces linges destinés à essuyer la vaisselle. Inspirée par les philosophies d’Extrême-Orient, l’artiste met en valeur l’action de peindre un élément de manière répétitive, donnant naissance à une certaine forme de concentration permettant de se recentrer sur soi-même. Elle trouve d’ailleurs que cet artisanat est bien trop souvent considéré comme purement décoratif en Occident l’on peine à percevoir son côté spirituel.

Fazzoletti, 2007
Vasi 2018-2019
Erotici, 2019

L’oeuvre de l’artiste illustre également le rythme de la vie, avec ses tâches sans importance que l’on effectue chaque jour sans y prendre garde. Elle sublime ainsi les aspects ennuyeux de notre quotidien mais qui témoignent néanmoins de notre existence. Comme les astres qui apparaissent et disparaissent, rythmant ainsi les jours et les saisons, les motifs évoquent bien souvent la topographie du monde qui nous entoure. On peut le ressentir dans la série Bella Terra, où les étoiles et le motif représentant des vagues esquissent un paysages variant selon l’heure ou la saison.

Dans les Vasi, on retrouve la Chine et le Japon dans le choix du papier. Les pigments purs évoquent la série Bella Terra et nous rappellent que les premiers engobes étaient d’origine naturels, variant selon leur localisation dans le monde. Ils témoignent donc d’une réelle influence de notre milieu sur le design de nos objets usuels. Dans cette série, les théières sont réduites à des formes géométriques, accentuant la répétition due aux formes et aux motifs. Les dessins érotiques, quant à eux, rappellent les miniatures indiennes et persanes. Esquissés de manière répétitive, ils évoquent le cycle de la vie. L’Asie est aussi évoquée dans Showcase, où le choix des couleurs permet de libérer le tissu de son contexte historique. Le savoir-faire ancestral et la complexité de l’étoffe sont ainsi mis en valeur.

La répétition dans les travaux d’Isabella Ducrot semble donner vie aux objets. L’importance qu’elle leur accorde leur confère une dimension plus profonde. Les tissus et papiers accentuent cette démarche, car il sont à la fois supports et sujets par leur provenance et leur rareté. En narrant notre quotidien, l’artiste fait de son oeuvre la trame du journal de l’humanité.

Bella terra XXII, 2019

Partagez cet article:

Plus d’articles

Maux environnementaux

Maux environnementaux

Rochers incandescents, mouvement pimpant, étincelle de vie, braises ardentes, lumière astrale perçant la brume, il y a comme une alchimie minérale entre les oeuvres de l’exposition illumination.

A table! (Part 1) L’unico frutto dell’amor

A table! (Part 1) L’unico frutto dell’amor

Quand les arts de la table s’invitent chez les artistes, la vaisselle s’accumule, on dîne verticalement, la soupe industrielle devient mythique et les bananes se changent en or. De Daniel Spoerri à Subodh Gupta, tour d’horizon des créations les plus mémorables. A table!

Retour vers la peinture

Retour vers la peinture

Mise au placard durant cette dernière décennie, la peinture fait un retour en force ces dernières années. Toujours pratiquée par de nombreux artistes contemporains, elle cristallise un besoin d’authenticité engendré par des années d’errance utopique où l’on se disait que le plastique c’est magnifique.