Octobre, un mois sous l’égide de la paix

par 13 octobre 2026Art contemporain

Depuis des décennies, nous sommes quotidiennement soumis à un flot d’images de désolation, ce qui nous a mené à avoir une représentation précise de ce qu’est la guerre ; mais qu’en est-il de la paix ? Dans notre esprit, la représenter semble bien moins évident qu’il n’y paraît. Zoom sur quatre expositions consacrées à cette thématique pourvoyeuse d’un espoir dont nous avons plus que besoin.

Aves Pacis, Bejaad Morocco (2017), M’hammed Kilito, avec la courtoisie de l’artiiste et la galerie GOWEN.

Genève
When the Dove Arrives au Geneva Peace Forum

A l’occasion du Geneva Peace Forum, la galerie Gowen a pris ses quartiers au Centre International de Conférences de Genève (CICG). L’exposition répond au thème de l’année 2026 : Choose Peace. Cette dernière débute avec le dessin historique de Picasso Colombe de la Paix (1956) qui regroupe autour de lui un ensemble de sept artistes contemporains de la galerie dans un accrochage découpé en plusieurs thèmes. On débute avec la problématique de la frontière, présente dans deux dessins délicats de l’artiste pakistanais Waseem Ahmed. Dans son art, il explore des thèmes très actuels tels que l’exode. Avec la série Invisible Border, il s’intéresse aux frontières artificielles créées de toutes pièces par l’homme. En effet, ces dernières ne sont pas délimitées par une rivière ou une chaîne de montagnes. L’artiste dit qu’il peut arriver qu’un arbre ait ses racines en Inde et que ses branches se déploient au Pakistan. D’ailleurs, une partie de la famille de l’artiste, dont il n’a plus jamais eu de nouvelles, est restée en Inde. Faisant écho directement à la colombe de Picasso, la photo Aves Pacis, Bejaad Morocco (2017) de l’artiste marocain M’hammed Kilito, nous montre l’absurdité des frontières à travers ses oiseaux évoluant librement entre les territoires. Bien entendu, on ne peut pas parler de paix sans évoquer le soin et la compassion. Françoise Pétrovich le démontre bien dans sa toile Tenir (2022) où le personnage central est soutenu par une personne dont les mains, d’un blanc lumineux, semblent presque sacrées. Si l’on devait trouver un nouveau symbole de la paix, la main serait bonne candidate, car c’est avec cette partie de notre anatomie que l’on réconforte et que l’on prend soin de l’autre. De ce fait, la main monumentale de Jérôme Zonder cristallise dans un dessin tous ces gestes qui rendent notre monde plus humain.

Centre International de Conférences de Genève (CICG)
Rue de Varembé 17
1211 Genève

Vue de l’exposition When the Dove Arrives. Photo: Claude Cortinovis, avec la courtoisie de la galerie GOWEN. Oeuvre de Waseem Ahmed  Invisible Border.

Paris
Choisir la paix. Le combat d’Albert Kahn (1860-1940)
au Musée départemental Albert-Kahn

Dans un monde traversé par les guerres, il est bien difficile de défendre la paix. L’exposition Choisir la paix. Le combat d’Albert Kahn (1860-1940), retrace le parcours d’Albert Kahn, banquier philanthrope et visionnaire. Le combat de cet homme, convaincu que la connaissance, le dialogue et la rencontre entre les peuples pouvaient contribuer à créer un climat de paix durable, s’est heurté aux réalités de son époque marquées par les guerres et la montée du nationalisme. Photographies, films, documents d’archives et œuvres contemporaines éclairent les grands bouleversements du siècle dernier et interrogent notre rapport à la paix.

Musée départemental Albert-Kahn
2 Rue du Port
92100 Boulogne-Billancourt

 

Genève
En attendant
à l’ICAM

L’ICAM (institut des cultures arabes et méditerranéennes) accueille pour la seconde fois Abdul Rahman Katanani au sein de l’espace d’exposition de sa librairie. Sous la curation de Barbara Polla, on découvre l’ensemble du travail de l’artiste, comprenant des sculptures et des dessins, dont la série The Story Portals, dévoilée pour la première fois au public. Avec ce nouveau corpus d’œuvres en plein développement, l’artiste s’est penché sur le thème de l’accueil. Sur ces dessins, on observe des rideaux aux motifs géométriques palestiniens. Pour Abdul Rahman Katanani, le rideau ne crée pas de frontière. Contrairement à une porte qui ferme un espace, le rideau offre toujours la possibilité d’accueillir, créant un véritable pont entre les individus. Depuis toujours, l’artiste, né dans le camp de Sabra en 1983, détourne des matériaux voués à des utilités belliqueuses pour en faire des œuvres propageant l’amour et la paix. Le barbelé devient un magnifique olivier, symbole de paix en Palestine ; la tôle ondulée est découpée pour dessiner la silhouette de colombes ou encore d’enfants, figures récurrentes dans le travail de l’artiste. Ce dernier se dit fasciné par leur capacité à s’amuser avec presque rien, surtout lorsqu’ils se trouvent dans un endroit difficile. Leur imagination n’a pas de limites. Katanani s’interroge également sur les raisons qui font que les adultes, le plus souvent, perdent cette formidable imagination. Les silhouettes de « ses enfants » et colombes, composées de tôles ondulées brutes et de morceaux de barils colorés, rappellent le paysage urbain où sont logés les réfugiés qui communiquaient grâce à des pigeons.

ICAM
Rue de Fribourg 5,
1201 Genève

Série de dessins The Story Portals (2026) crées pour l’exposition en attendant © A.R.K. Avec la courtoisie de la galerie Analix Forever.

Bruxelles
Casual/Tease
au Cloud Seven

The Memorial for Those Who Did Not Fall in War, un laboratoire nomade développé par le Centre mondial d’innovation pour la paix de l’Université Columbia, arrive à Bruxelles avec l’exposition Casual/Tease, une exposition organisée par Hadas Zahavi, fondateur du Columbia Global Center for Peace Innovation. Plus de 30 artistes invités, issus de la collection de Frédéric de Goldschmidt, posent un regard sur la question de vivre en paix. Parmi les artistes exposés, Laure Tixier présente Pastorale, une série de tapisseries contemporaines représentant une archive de l’armée française, le plan de défense de la SAS Laperrine, provenant des Archives nationales d’outre-mer. Cette œuvre remémore les conditions de vie entre 1954 et 1962 dans lesquelles plus de trois millions de paysans ont été déplacé. Cet arrachement à leur terre a profondément déstructuré le pays. L’artiste a collaboré avec une communauté de tisseuses de Laghouat afin de rendre tangible la violence du déplacement forcé des populations, passée sous silence. L’exposition Casual/Tease explore tous ces lieux de vie quotidienne où rien ne semble se produire, mais, qui si l’on gratte le vernis, révèlent des blessures toujours présentes.

 

Cloud Seven
Art Space
Tuesday to Saturday:
14:00 – 18:00

Handelskaai 7 Quai du Commerce
1000 Brussels

Pastorale, de Laure Tixier. Avec la courtoisie de l’artiste et la galerie Analix Forever
Vue de l’exposition « en attendant ». Photo: © Le Chat perché. Avec la courtoisie de la galerie Analix Forever.
Vue de l’exposition When the Dove Arrives au Geneva Peace Forum. Françoise Pétrovitch, Tenir (2022). Photo: Claude Cortinovis, avec la courtoisie de la galerie GOWEN.

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