«Camp» sinon rien!

par 7 avril 2026Art contemporain, Queer We Cheer!

Artiste multidisciplinaire, Jordan Roger (Barré) a créé un univers complet à la fois fantastique, glamour et humoristique. Profondément engagé dans la cause LGBTQIA+, il interroge les stéréotypes de genre par le biais de personnages et d’installations hautes en couleurs.

L’art de Jordan Roger (Barré) ne fait aucun compromis. Il allie le « Camp » et l’art contemporain dans des vidéos, performances, céramiques et installations hautes en couleurs. Lorsque l’on se rend sur le site de l’artiste, on se rend compte que même ce dernier est un statement, tellement Jordan Roger (Barré) a intégré tous les clichés queer dans toute sa communication. Son nom est aussi un acte artistique, car il a décidé de barrer son nom à la suite de son excommunion des témoins de Jéhovah, ce qui implique aussi un questionnement sur la légitimité de l’existence d’un individu selon les critères d’un groupe.

Jordan Roger  Burn Them All, 2022
Vue de la Biennale de la Jeune Création, la Graineterie, Houilles, 2022. Photo © DR

Au bûcher!

L’une des œuvres les plus emblématiques de l’artiste reste Burn Them All, un château en céramique présenté en 2022 au Musée d’art contemporain du Val-de-Marne. Dans une réaction à la loi “Don’t Say gay”, initiée en Floride pour interdire la mention d’orientation sexuelle et les questions de genre dans l’enseignement publique, l’artiste s’est inspiré des châteaux des contes de fées pour créer cette pièce exceptionnelle. Dans une esthétique aux tons à la fois doux et acidulés, le château, symbole de pouvoir, est en feu. Une manière de critiquer autant le manque de représentation LGBTQIA+ dans le dessin animé et le cinéma que la façon dont l’establishment cherche à gommer toutes les aspérités des individus en cherchant à les formater dans des moules “Disney” édulcorés. Il est aussi important de saluer les prouesses techniques de l’artiste qui a su obtenir des couleurs en émail et engobe aussi profondes, en totale adéquation avec la gamme chromatique de l’ensemble de son travail.

Si tu deviens Gay on te jette dehors, 2022

Le poids du genre

Dans son travail, l’artiste évoque des drames bien réels que subissent bien trop de jeunes, comme en témoigne le gâteau arc-en-ciel Si tu deviens Gay on te jette dehors (2022). Les problématiques liées à la famille et au rôle que chacun doit jouer dans la société l’inspire constamment. En 2019 il crée Papa voulait que je sois bricoleur, une installation composée d’outils détournés de manière glamour. Autant de médiums que l’on n’aurait pas imaginé ensemble. Il oppose ainsi la masculinité que l’on projette dans les outils de bricolage avec un présentoir qui ressemble plus à un décor d’une scène Drag. Le cône de circulation initialement orange et blanc se pare des couleurs du drapeau LGBTQIA+, tous les outils sont habillés de fourrure, de laine pailletée, de plume et de strass. Ainsi, l’artiste s’attaque aux stéréotypes de genre qui gangrènent toute la société. Après tout, pourquoi un homme hétéro ne pourrait pas porter de maquillage ? Beaucoup de petits garçons sont confrontés durant leur enfance à des injonctions, que ce soit dans la cour d’école ou encore au cœur de la sphère familiale. Il est parfois encore bien difficile de s’affranchir de tous ces biais de genre.

Papa voulait que je sois bricoleur, 2019

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Le droit d’exister semble souvent être remis en question dans des sociétés dominées par des pensées hétéro-patriarcales. Cette non-reconnaissance est on ne peut plus justement matérialisée dans l’œuvre Ne pas exister: ma page wikipedia, car ce lien sur son site web mène absolument nul part. Quoi de mieux pour représenter l’inexistence qu’une page blanche? Néanmoins, ne pas exister n’est pas une option. La vidéo Laissez-Nous Chanter, véritable cri du cœur où des voix habituellement silencées s’expriment enfin librement, met du baume au cœur. Le chant des sirènes considéré comme maléfique devient ici libérateur. Des sirènes, tous genres et orientations confondus, ont pris le quartier sur une fontaine dans un parc. Ainsi, ces dernières reprennent possession de l’espace public.

Exister à travers son art sous les traits de personnages fantasmagoriques semble devenir une necessité dans un monde de plus en plus uniforme. L’art de Jordan Roger (Barré) est un véritable souffle de liberté, un ovni dans le paysage de l’art contemporain.

A découvrir dans l’exposition collective
100% L’Expo, Un panorama de la jeune création – 8e édition
Du 8 au 26 avril
A La Villette
211 Av. Jean Jaurès, 75019 Paris.

Site de l’artiste: https://jordanrogerbarre.hotglue.me

 

Laissez-Nous Chanter

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