Dans de beaux draps!

par 12 janvier 2021Art contemporain

Quand les restrictions sanitaires ont été imposées par le gouvernement, Gianluigi Maria Masucci n’a pas manqué d’imagination pour répondre à sa nécessité de créer. Vivant actuellement en Italie, il a su s’adapter afin de ne pas sombrer dans l’inactivité. Cette période lui a été très productive et a donné naissance à des oeuvres au support on ne peut plus surprenant.

Domicilié à Naples durant le premier confinement de 2020, l’artiste n’avait plus accès à son atelier. Faute de place, il s’est mis à créer dans son appartement, plus particulièrement dans sont lit. Il a donc commencé à dessiner à même ses draps blancs et autres éléments de sa literie. Contrairement au lit de Tracey Emin, celui de Gianluigi traduit une fureur de vivre et de créer. Habitué à des grands supports, l’artiste a ainsi pu continuer à créer des oeuvres dans la continuité de son travail.

Oreiller d’allégresse
Le travail de l’artiste questionne notre rapport entre le corps et l’espace, qu’il s’agisse de l’urbanisme en général ou encore de nos lieux de travail. Depuis son atelier de la cité du soleil, l’artiste a pour habitude d’observer les passants et leur évolution dans le milieu urbain. Il s’intéresse aux flux continus que génèrent leurs déplacements et aux énergies qui en résultent. Durant le confinement, ces derniers avaient disparu, laissant place au silence. Dans le monde entier, seuls les cours d’eau semblaient poursuivre invariablement leur trajectoire. Les flux d’eau avaient d’ailleurs déjà fortement inspiré l’artiste lors de sa résidence à l’usine Kugler de Genève. En effet, la rencontre entre l’Arve et le Rhône produisant en ce lieu une alchimie unique en son genre, avait donné naissance à la série Fluire, un ensemble de vidéos, dessins et photographies.

Gianluigi Maria Masucci, Cerca Dentro, 2020
Photo: Guillaume Varone
Gianluigi Maria Masucci, Cerca Dentro, 2020
Photo: Guillaume Varone

Avec Cerca Dentro, littéralement ”cherche dedans”, l’artiste a investi l’espace de son petit appartement et profité de la grandeur de ses draps pour retrouver un support équivalent à ces dessins grands formats, souvent réalisés devant un public. Contrairement aux performances où il se positionne de manière inconfortable, il git ici allongé dans son lit, ce qui est certainement en réalité plus difficile pour dessiner. Il esquisse d’ailleurs toujours à deux mains. Le corps prend place dans l’espace et l’organise de manière différente, loin de sa fonction initiale. Le logement devient alors espace de travail où l’on s’active paradoxalement alité. L’oreiller se substitue alors à un carnet de notes recueillant des pensées, comme si celles-ci imprégnaient le tissu directement depuis la tête. Les draps se noircissent de traits de stylo, comme les rues s’emplissait de monde avant. L’esquisse s’apparente à des notes de musique, telle la partition de moments de vie heureux.

Topographie de l’inconscient

Sur ces draps, on devine la topographie de Naples. De la ville actuelle aux cartes historiques, l’artiste ne cesse de la réinventer. Cette affection portée à l’urbanisme et l’environnement n’est pas nouvelle chez lui. Il a étudié notamment l’architecture, puis la sociologie avant d’entrer aux Beaux-Arts. Enfermé entre quatre murs, la ville vient à lui. Le plan hippodamien des rues du centre historique ancrées dans la mémoire de l’artiste se déploient sur l’étoffe. Telle une écriture automatique involontaire, les rythmes topographiques qu’il crée sont propres à la cité parthénopéenne. Avec ces quadrillages, on retrouve un fourmillement silencieux évoquant la dynamique de la ville avant qu’elle ne s’endorme.

Exposition Go Inside à la galerie Analix Forever
Jusqu’au printemps
Rue du Gothard 10
1225 Chêne-Bourg
https://analixforever.com/

Gianluigi Maria Masucci, Cerca Dentro, 2020
Photo: Guillaume Varone
Gianluigi Maria Masucci, Cerca Dentro, 2020
Photo: Guillaume Varone

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