Dévoilée

par 20 juin 2020Art contemporain

Comme une ouverture sur le monde, les photographies de l’artiste Niloufar Banisadr dévoilent une autre facette de l’Iran. Entre les aspirations à un mode de vie occidental et le souhait de cultiver les traditions ancestrales, la photographe capture de manière originale la singularité qui subsiste au sein de la société iranienne.

Acte manqué,  2004

Dualité culturelle
L’image la plus marquante du travail de la photographe reste le portrait en buste d’une femme superposée à un autre cliché. L’artiste se photographie vêtue d’un voile sans abaya. Sur certaines photos, on peut apercevoir le ventre et les bras. Avec ces corps à demi couverts, l’artiste évoque la dualité culturelle et la soif de liberté revendiquée par les jeunes iraniens. On le remarque notamment dans une vidéo et dans Acte manqué (2004) où l’artiste danse tantôt sur une musique traditionnelle, tantôt sur une musique moderne. Elle est d’ailleurs vêtue d’un jean et d’un voile, ne portant qu’un soutien-gorge en guise de blouse. A travers cette série de photographies, on ressent l’envie de pouvoir vivre sa vie librement tout en devant respecter les lois en vigueur dans le pays.

 

 

Cette ouverture sur le monde occidental lui vient peut-être aussi de son arrière grand-mère française qui s’est installée en Iran dans les années 1930. Dans Mes voyages (2015), la silhouette de l’artiste apparaissant à de nombreuses reprises peut évoquer une madone dans la nef d’une cathédrale. Dans ce contexte, on pourrait presque confondre son tchador avec le voile d’une bonne soeur. Ici, l’artiste dit aimer la spiritualité dégagée par les édifices religieux chrétiens. Quand il est question d’être en paix avec soi-même, toutes les religions se ressemblent. C’est donc ici le caractère sacré qui prédomine, peu importe la doctrine. Les fonds de cette série de clichés proviennent de voyages que l’artiste a effectué dans les pays méditerranéens. Avec cette silhouette fantomatique, l’artiste expatriée exprime son attachement inconditionnel à ses origines persanes.

Spiritus Sanctus de la série Mes voyages, 2015

Elle est lumière, 1998

Évoquer le corps sans le représenter
L’art iranien est malheureusement bien souvent victime de censure. Avec Elle est lumière (1998), l’artiste a souhaité aborder l’influence que peut avoir un environnement sur une personne en photographiant une femme au milieu de pièces diverses. Hélas, le comité islamique de Téhéran a estimé que ses images étaient provocantes, la femme en question n’étant pas voilée. Niloufar Banisadr a été renvoyée durant une semaine de l’université. Contrainte d’abandonner ce projet, elle a décidé de substituer la femme avec une chaise au style ancien que l’on nomme ”chaise polonaise” en Iran. Cet objet se substitue ainsi à une forme d’autoportrait suggérant un parcours allant de l’enfermement à la liberté.

Le corps est évoqué sans être représenté avec L’Empreinte (2010). Avec ces gros plans sur des serviettes de bain humides, l’empreinte du corps se dessine à travers les plis et l’écrasement de l’étoffe. Une véritable sensualité s’en dégage: on devine la morphologie de la personne, la manière dont elle aime se détendre, tout en entrant de manière pudique dans son intimité.

Dans Voiles aux vents (2010-2012), l’enveloppe charnelle est évoquée par un rideau s’échappant d’une fenêtre entrouverte. Celui-ci flotte au vent et entame une danse créant des courbes, évoquant à la fois les formes féminines, le voile et par extension, la condition féminine. La série Hommage à Magritte (2019) fait écho à Voiles au vent, mais là, notre regard est porté vers l’extérieur. Là aussi, une fenêtre laisse échapper ses rideaux à l’air libre, dévoilant une vue sur la mer, le tout apparaissant peut-être comme l’annonce, le rêve ou l’espoir d’une future émancipation.

Retrospective of 20 years
Jusqu’au 20 juillet

Bel Air Fine Art
Rue de la Corraterie 7
2014 Genève
Sur réservation, le nombre de personnes étant limité.
www.belairfineart.com

Voiles aux vents, 2015

Hommage à Magritte, 2019

L’empreinte, 2010

Série Mes voyages

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