The Modern Time
Nous voilà immergés dans un monde mécanique, un lieu aux airs irréels dans lequel la machine semble être glorifiée. On y découvre des appareils dont on a de la peine à imaginer l’échelle et la fonction. Les couleurs vives de certaines pièces sont pourtant authentiques. Parmi ces bécanes figure celle d’un moulin Landi – Sans titre (Ex-Machina, SM 0007, 2016) – très courant dans les campagnes helvétiques. L’artiste, ayant grandi à Vallorbe et travaillé dans le secteur de l’industrie durant sa jeunesse, a tissé un lien étroit avec ce genre d’objets. Il a en effet été témoin des transformations du paysage industriel de la région. Les usines qui y produisaient des objets du quotidien ont dû s’adapter à la demande actuelle, axée sur l’industrie médicale et pharmaceutique. En contemplant les oeuvres de Sébastien Mettraux, on ne peut s’empêcher de penser au Temps Modernes de Charlie Chaplin, dans lequel l’homme se retrouve aspiré par la machine. On est amené à se poser la question qui fâche depuis le début de la révolution industrielle: la machine, va-t-elle nous remplacer?
Cette évolution est exaltée dans Sans titre (Ex-Machina, SM0046, 2019) où l’on découvre la danse frénétique de tuyaux expulsant un liquide d’un violet intense, nécéssaire au refroidissement du forage d’un métal destiné à une prothèse dentaire. Ici aussi, nous retrouvons des couleurs vives, bien loin de celles que l’on s’imagine lorsque nous pensons à de la métallurgie. Plus loin, on découvre deux toiles évoquant la technologie s’immisçant dans le corps humain. Une prothèse de hanche flotte parmi des chardons devant un bassin tandis que des tiges semblent renforcer une colonne vertébrale. Sébastien Mettraux déconstruit la représentation classique de la vanité, où les objets sont habituellement posés sur une table. Il y intègre des fleurs symbolisant la longévité, ce qui représente un paradoxe étant donné leur beauté éphémère. Ceci incarne bien l’état d’esprit de notre époque où l’on tente de repousser la mort au plus loin. A l’époque des vanités originales, cette dernière était une réalité bien plus palpable.