L’amour sauvera le monde

par 30 septembre 2020Art contemporain, Exposition

Dans ce climat hostile, où l’avenir semble incertain, il n’y a que l’amour qui puisse sauver le monde. L’amour, sous ses formes les plus diverses, incarnées par l’art et la création, pour ne pas paraphraser Dostoïvsky. Avec cette exposition, la galerie C nous invite à redécouvrir l’amour sous sa forme originelle.

Le coup de foudre
Pour commencer, parlons du fameux coup de foudre, ce sentiment qui peut survenir envers quelqu’un, tout comme envers un lieu. Il explique peut-être pourquoi l’artiste lausannoise Sandrine Pelletier a décidé de s’installer au Caire en 2012, juste après le printemps arabe. Dans les rues de la capitale égyptienne, elle a photographié la végétation se frayant un passage dans le paysage urbain. Par la suite, en 2019, lors de sa résidence à Beyrouth, elle est témoin de la révolution libanaise. Elle y photographie de nouveau les plantes naissant aux creux des fentes des bâtiments abandonnés, mais aussi les restants d’affiches arrachées aux murs qui témoignent d’un vent de révolte. Les plantes essaient d’atteindre la lumière à travers les interstices du béton, à la manière de ceux qui luttent pour leur liberté. Ces photographies et morceaux d’affiches sont réunis dans une installation in-situ, déployés comme un véritable mur végétal. Ils font ainsi écho à l’instinct de survie. Au rez-de-chaussée, des formes végétales émergent de l’obscurité. Comme leurs semblables sur le papier peint, elles se fraient un chemin vers la lumière. Ces oeuvres en céramique apparaissent comme un hommage au peuple libanais, qui ne cesse de reconstruire sa ville, peu importe les tragédies. Tout comme les plantes, rien ne peut éliminer sa soif de vivre.

Sandrine Pelletier
Installation immersive de Zheng Bo

L’amour physique
Il serait bien difficile de faire une exposition consacrée à l’amour sans l’illustrer à travers le prisme de la sexualité. Dans son installation immersive participative mêlant vidéos et dessin, l’artiste pékinois Zheng Bo nous invite à nous asseoir parmi un quadrillage de fougères. Il crée ici une réelle expérience menant à la réflexion de notre rapport à la nature et au monde végétal. Dans Pteridophilia (2019), quatre vidéos aux orientations eco-queer, on découvre des hommes s’adonnant à des jeux sexuels avec les végétaux qui les entourent au sein d’une forêt tropicale. Chaque vidéo fait appel à un de nos sens et sublime certaines pratiques telles que l’étranglement, les jeux BDSM, le fétichisme ou encore le sexe oral. Cette relation avec la plante devient paradoxale dans l’une des vidéos, puisqu’après l’avoir aimée et jouit d’elle, le protagoniste la mange. Cet acte peut également soulever des questions sur la manière dont nous utilisons la nature à tout-va, sans se soucier de son renouvellement. Ici, l’artiste la place au même niveau que l’Homme. Le fait d’utiliser des végétaux pour sublimer l’amour uranien tend à adoucir les idées reçues et à favoriser son acceptation. L’androgynie des protagonistes et les pratiques saphiques dans Pteridophilia IV rendent le travail de l’artiste encore plus revendicatif. L’expérience se poursuit, car le spectateur est invité à dessiner une fougère sur une feuille de papier qui sera récoltée par l’artiste afin de la composter. L’oeuvre d’art retourne ainsi à la terre.

La rupture
L’amour ne serait pas si étourdissant sans la rupture ou le risque de perdre l’être aimé. Ce sont ces points qui le rendent si précieux et fragile. Alain Huck puise son inspiration dans le roman Under the volcano de Malcolm Lowry. Durant la célébration du ”Día de los Muertos”, un couple tente de raviver la flamme de leur amour fané au Mexique. Sillonnant les rues, tous deux s’arrêtent alors devant la vitrine d’un imprimeur. Une image attire leur attention: l’agrandissement photographique d’un rocher monumental de la Sierra Madre fendu en deux par les incendies de forêt. Sous l’image, un titre n’augure rien de bon: la despedida, l’adieu en français. La série de dessins La despedida, évoque donc la fragilité de l’amour, malgré les apparences robustes et indestructibles du rocher. Le fait d’aimer nous expose à la souffrance. Le travail de l’artiste vaudois est incontestablement minéral. Dans ses dessins monumentaux, il utilise les résidus de ses autres créations pour créer une image aux ondulations abstraites. On pourrait y voir une autre phase de l’amour: la filiation. En effet, ses oeuvres donnent naissance à d’autres au sens littéral comme au sens figuré. 

La despesita, Alain Huck
There are no homosexuals in Iran, Laurence Rasti, 2018

L’amour secret
”En Iran, nous n’avons pas d’homosexuels comme dans votre pays” , déclarait l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad le 24 septembre 2007 à l’université de Colombia. Cette phrase n’est pas entrée dans l’oreille d’un sourd, puisque l’artiste d’origine iranienne Laurence Rasti sort un livre intitulé There Are No Homosexuals in Iran en 2017. Dans cet ouvrage, on retrouve des portraits de couples homosexuels iraniens ayant fuit le pays pour vivre leur amour librement ainsi que leurs témoignages recueillis par l’artiste. Les couples photographiés se sont réfugiés à Denizli en Turquie, seul moyen de vivre leur amour au grand jour, l’homosexualité étant passible de mort en Iran. Seule la transsexualité est tolérée, puisqu’elle est considérée comme une pathologie. On retrouve le végétal, fil rouge de l’exposition à travers les motifs des tissus, mais aussi par les plantes présentes sur les photos qui,  tout en masquant l’identité des couples, renforcent le sentiment que leur amour est tenu de demeurer secret. Sur une des photos, l’un des protagonistes porte d’ailleurs des vêtements à l’imprimé camouflage. Ayant grandi et étudié en Suisse, l’artiste s’interroge sur les questions identitaires et culturelles qui régissent ses deux pays. Par son métissage, elle est encore plus confrontée aux différences qui subsistent entre Orient et Occident. Ici, la nature s’exprime aussi par le désir de révéler sa véritable nature. Au delà des motifs végétaux, elle est omniprésente sur chaque cliché, évoquée d’une manière poétique empreinte de légèreté.

Alain Huck
There are no homosexuals in Iran, Laurence Rasti, 2018

Pteridophilia 2, Zheng Bo, 2016–19, 4K vidéo 4K

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