Les dessous des cartes

par 18 décembre 2018Art contemporain, Exposition

La galerie Dubner Moderne accueille en ses murs « Horizon », une exposition de l’artiste valaisanne Viviane Rombaldi Seppey. Les oeuvres présentées nous emportent par la douceur de leur tonalité dans un univers emprunt de poésie. Ayant pour thème la représentation des lieux, l’artiste articule son travail autour d’objets tels que des annuaires téléphoniques, des cartes géographiques et des atlas.

Fascinée depuis toujours par ces documents utilitaires, l’artiste les sculpte, les entaille, les plie et les découpe. Ainsi, ses atlas prennent de la hauteur jusqu’à se métamorphoser en véritables sculptures. Dans Recto (Atlas) (2017), les pages intérieures d’un livre, coupées en lanières puis tissées comme un panier, s’extraient de la couverture pour former une demi-sphère, évoquant un globe terrestre. Dans Dancing Horizon 2 (2017), c’est à partir d’une ligne creusée à même les pages que s’étoffe une foisonnante végétation de papier. Ainsi, la série entière pare ses oeuvres – ses horizons – de nouveaux reliefs, rappelant autant le monde végétal que minéral.

Recto et Verso (2017)
Flow (2015)

On découvre aussi d’intéressants collages. Certains incorporent des illustrations provenant de l’encyclopédie médicale de Gray pour venir orner d’anciennes cartes de Suisse, apportant une dimension organique aux compositions. Vues de loin, celles-ci nous évoquent quelque peu des amas de cellules qui, colorés par du bleu de méthylène, révèleraient leur structure.

Cette dimension organique est notamment présente dans Flow (2015), où le dessin anatomique d’une tête humaine s’intègre à une carte d’Italie. Les routes deviennent artères, le corps se prolongeant au terrain, ne faisant plus qu’un avec lui. Cela nous pousse a nous poser des questions identitaires. A quel point sommes-nous liés à notre environnement? Quels rapports entretenons-nous avec les lieux où nous avons vécu, où nous avons grandi, où nous vivons? La notion de frontière peut également être abordée. En travaillant avec des objets utilitaires, véritables marqueurs de repères culturels, l’artiste instille une douce poésie en composant de nouvelles cartes, celles de l’individu, de ses paysages personnels et émotionnels.

Dans Nurture (2013), ce même jeu cartographique semble esquisser une utopie. Là aussi, un collage est créé à partir d’un atlas et d’un livre d’anatomie. Sur le plan de ce nouveau monde, un sein, découpé dans toute sa rondeur, devient la montagne par laquelle une unique et généreuse rivière prend sa source. Dans cette représentation de la mère nourricière, l’analogie entre la Terre et la femme, toutes deux à l’origine de la vie, apparaît comme une évidence. Les couleurs douces, dans les tons pastels, semblent plaidoyer pour un monde plus juste, équitable et respectueux.

Comme une invitation au voyage, les cartes sont pliées et cousues de manière à créer d’autres horizons. Avec leur format rectangulaire, elles évoquent une fenêtre ouverte sur le monde, nous invitant à méditer sur les liens qui nous unissent à notre environnement, afin peut-être, de pouvoir rêver d’un meilleur futur.

Une exposition à découvrir jusqu’au 21 décembre à la galerie Dubner Moderne à Lausanne.

Nurture (2013)

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