Au cours de son parcours, Zao Wou-Ki se lie d’amitié avec de nombreux artistes, parmi lesquels Pierre Soulages et Hans Hartung, tous deux maîtres de l’abstraction lyrique en Europe, ou encore Henri Michaux, écrivain et poète. Ce dernier, connaissant la passion de l’artiste pour l’opéra et la musique contemporaine, le met en relation avec Edgar Varèse, pionnier d’une musique fondée sur la matière sonore et l’abandon des méthodes de compositions classiques. Inspiré par cette musique novatrice qu’il définit comme «un mouvement de plan et de masses sonores», Zao Wou-Ki peint une œuvre charnière marquant le début de ses peintures grand format, Hommage à Varèse (1964), qui témoigne de l’importance qu’il accorde au 4e art. Le mouvement définit l’espace, les lignes sont attraction et répulsion, créant ainsi une mélodie au premier plan d’un paysage mystérieux.
Zao Wou-Ki ne s’arrête pas là. En 1957, il part aux Etats-Unis accompagné de son ami Pierre Soulages. Il y rencontre le galeriste américain Samuel Kootz, ainsi que de nombreux artistes, dont Franz Kline. Le travail de celui-ci se rapproche de l’œuvre de Soulages, mais avec un côté plus impulsif. La spontanéité de la peinture américaine séduit Zao Wou-Ki qui, de retour à Paris, reçoit Samuel Kootz dans son atelier. C’est le début d’une nouvelle collaboration, marquant ainsi l’empreinte de trois continents dans sa carrière: l’Asie, l’Europe et l’Amérique.
En 1971, sa deuxième épouse, May, tombe malade. Lors de cette période, l’artiste délaisse la peinture pour s’occuper d’elle. Sur les conseils de son ami Michaux, il redécouvre la technique de l’encre de Chine, plus rapide. Mais, l’année suivante, sa femme décède, et il cesse la peinture durant presque deux ans. Lorsqu’il se remet à peindre, il réalise de grands formats à l’huile, dont le fameux En mémoire de May (1972).