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L’été indien

par | 29 août 2019 | Art contemporain

Non, ce n’est pas fini! L’exposition collective estivale de la galerie Dubner Moderne se prolonge jusqu’en automne. Comme pour laisser un sursis à nos vacances, les artistes nous embarquent dans un voyage, afin de continuer à rêver…

Point de départ: New York. La plupart des artistes exposés vivent et travaillent dans la capitale de la mode américaine. En véritable reflet de cette société multiculturelle, leurs œuvres font état d’une grande diversité.

Escapade urbaine
Un immeuble qui ne paye pas de mine se dresse devant nous à la lueur du crépuscule. Dans une demi pénombre, on devine les briques rouges du bâtiment griffonné de graffitis. Il n’y a personne. Seule la lumière émanant des fenêtres du rez-de-chaussée témoigne d’une présence humaine. Avec Café Bed Stuy (2015), Yongjae Kim magnifie la laideur. Avec sa maîtrise de la peinture à l’huile digne des maîtres d’antan, l’artiste d’origine coréenne crée un contraste entre la technique et le sujet. Certaines parties de l’immeuble, plus vernies que d’autres, font ressortir certains éléments de l’obscurité. Le délabrement de l’immeuble laisse à penser que l’on se trouve dans un quartier populaire. Le manque de protagoniste dans cette scène donne l’impression que l’immeuble est laissé à l’abandon. Ce sentiment est accentué par l’état élimé de la bannière étoilée, pendant tristement devant l’entrée de l’établissement, nous évoquant une Amérique déchue.

Café Bed Stuy, 2015.

Bottles and Jars III, 2015.

Dans l’atelier de Peri Schwartz
Cette fois-ci, on s’aventure à Brooklyn au sein d’une usine à idées, j’ai nommé l’atelier de l’artiste américaine Peri Schwartz. Connue pour ses natures mortes, elle travaille maintenant essentiellement sur un seul décor: son lieu de travail. Au fil des années, ses créations deviennent de plus en plus épurées. Celles-ci se concentrent sur des flacons et autres fioles, dans des décors aux tons neutres dépouillés de toutes fioritures. On a presque l’impression de se trouver dans le laboratoire d’un grand nez français.

Abstraction calligraphique
L’artiste iranien Mahmoud Hamadi crée des espaces grâce à une calligraphie abstraite. Il illustre la notion de l’infini avec des traits curvilignes tracés à l’encre noire sur papier. On se trouve ainsi dans un désert dont on aurait repoussé de notre champ de vision la ligne d’horizon. Ici, les lettres s’apparentent plus à des chiffres.

Dans une configuration plus lyrique, mais non moins spontanée, Jill Moser multiplie ses tracés qui volent en éclat afin de créer des compositions à la fois brutes et maîtrisées. On ressent l’énergie émanant de ses traits de pinceau qui rappellent à la fois la calligraphie japonaise, mais aussi certaines estampes abstraites. Avec ses superpositions de photogravure, aquatinte et peinture au pochoir, l’artiste crée une impression de profondeur dans Eclat (2015). 

Eclat, 2013.

Autumn (New York II), 2018.

Topologie de Big Apple
Matt Mignanelli s’attarde sur les briques des bâtiments. Il crée des rythmes avec des éléments de tailles différentes, à l’image de la partition d’une musique populaire. Il utilise généralement deux couleurs par oeuvres. Les nuances prennent forme grâce à l’association de l’acrylique et de l’émail. L’artiste dresse également le portrait topologique de la ville, car on croit reconnaître la structure rectiligne des rues de New York. Ces compositions expriment bien la densité et la concentration urbaine qui peuvent devenir parfois étouffantes.

Une sensation que l’on peut fuir en s’évadant dans le paysage hivernal de Sébastien Blanck, Sun /Shadow (2018). Une bouffée d’oxygène, où l’on se replonge dans le plaisir régressif de jouer dans la neige avec une soucoupe en plastique.

Le tour du monde en 80 jours
Vivianne Rombaldi Seppey propose une autre manière d’aborder la carte de New York. Avec Free, elle sublime le côté ultra géométrique de la ville à travers le collage d’annuaires téléphoniques new yorkais, découpés sous forme de triangles qui sont chacun délimités d’une bande rouge. Toutes les personnes rassemblées sur une surface forment alors un quartier, puis une ville. L’artiste d’origine valaisanne joue avec les éléments architecturaux propres à chaque cité. Par exemple, l’un de ses autres collages s’articule autour de Rome.  Découpé en petits morceaux, l’annuaire téléphonique de la ville éternelle compose ainsi une mosaïque circulaire rappelant une rosace d’un édifice ancien. Une fois n’est pas coutume, Vivianne Rombaldi Seppey utilise les atlas, annuaires et cartes comme matière première. Elle transforme ces objets utilitaires en les entaillant et en les pliant. Ils se métamorphosent alors en véritables sculptures.

Quittons New-York pour faire le tour du monde! Dans Atlas (2017) la page colorée d’un atlas moderne est plié comme un éventail de façon à évoquer la voile d’un bateau. Elle est reliée et retenue par un fil et suis le contour d’une sphère terrestre d’un ancien atlas. Au dessous de cette carte, on découvre la gravure d’un paysage où figure un homme à demi-nu, un genou à terre. La ”voile” de papier et la carte du monde semblent ainsi reposer sur les épaules musclées de l’homme qui regarde au sol. Cette composition laisse à penser qu’il porte le monde. Il semble perdu comme pourraient l’avoir été les premiers navigateurs partis à la conquête du monde.

Atlas, 2017.

Bathers, 2016.

Out of Australia
Cap sur l’Australie avec Bathes d’Isca Greenfield-Sanders. Dans la douceur des tons bleus pastels, on découvre de jeunes enfants jouant sur la plage. La plupart des scènes de vie de l’artiste sont empreints d’une ambiance bucolique. Ces paysages balnéaires sont bercés par une lumière très douce rappelant l’esthétique des Polaroïds. Une ressemblance accentuée par le fait que les couleurs réelles sont substituées par des nuances allant du pastel jusqu’à des tons plus rouges. Ces dessins à la technique mixte évoquent également des photos souvenirs de moments d’insouciance et de légèreté.

Une exposition à ne pas manquer, et que l’été ne prenne jamais fin!

Dubner Moderne
Rue du Grand-Chêne 6, 4ème étage (4th Floor)
1003 Lausanne
https://www.dubnermoderne.ch

Ouverture
Du mardi au vendredi de 11h à 18h30
Samedi de 11h à 17h
et sur rendez-vous

Vivianne Rombaldi Seppey, Free, 2017.

Mahmoud Hamadani, sans titre (Requiem), 2016.

Sebastian Blanck, Sun/Shadow, 2018.

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