Maux environnementaux

par 26 février 2020Art contemporain, Exposition

Rochers incandescents, mouvement pimpant, étincelle de vie, braises ardentes, lumière astrale perçant la brume, il y a comme une alchimie minérale entre les oeuvres de l’exposition illumination.

L’espace L propose un regard féminin sur l’environnement. Les cinq artistes issues d’horizons différents présentent des œuvres engagées empreintes de poésie. Depuis plusieurs années, la jeunesse se sent plus concernée par les questions environnementales. Rassemblés notamment par Greta Thunberg, les jeunes prennent possession des rues pour exprimer leur mécontentement. Les artistes quant à eux sont de plus en plus nombreux à se pencher sur ce sujet, que ce soit par le choix d’utiliser des matériaux éco-responsables ou par les thèmes qu’ils décident d’explorer. Cet élan donne naissance à une foison d’œuvres poétiques à l’esthétique épurée.

Parité temporaire
Avec Infinity (2019), Victoire Cathalan s’approprie l’équinoxe de mars. Le jour est représenté par des arbres dont un reflet bleu prolonge leurs tronc vers le bas de la toile, évoquant la nuit. Ce diptyque évoque de manière poétique la parité de par la taille égale des deux toiles, mais surtout grâce à l’équivalence temporelle du jour et de la nuit. Les équinoxes se produisent seulement deux fois par année, au printemps au Nord et en automne au Sud. L’occurence de ces événements exprime-t-il pour l’artiste la difficulté à obtenir la parité dans notre société?

Infinity, 2019

Ciels Palette I et II (2017-2019)

Échantillons célestes
Vivianne van Singer décompose le ciel de manière chromatique. Parmi les 12 images que constituent cette palette, l’une d’entre elle représente un ciel nuageux traversé par un texte décrivant sa composition moléculaire. Les onze autres en reprennent chacune une couleur sous forme de monochrome. Cet échantillonnage nous interroge sur notre rapport à l’air que nous respirons, à ces éléments invisibles qui le composent, notamment à ceux qui l’altèrent par nos activités. Un thème on-ne-plus d’actualité, qui voit d’ailleurs parfois fleurir d’étonnantes dérives lucratives, comme cette start-up valaisanne commercialisant de l’air pur suisse. Ces vaporisateurs destinées au marché thaïlandais parcourent 19’800 kilomètres pour arriver à Bangkok: pas de quoi améliorer le bilan carbone! Dans Ciels Palette I et II (2017-2019), Vivianne van Singer dresse le bilan d’un ciel dont la pureté est discutable, mais qui ne cesse de nous émerveiller par sa beauté. Il prend de l’ampleur dans Nuée (2017) où le nuage crée une composition à la fois douce et dynamique. Est-ce que le gris du nuage annonce une tempête prête à perturber ce calme apparent? En tous cas, l’artiste éveille en nous notre côte contemplatif, souvent étouffé par nos modes de vie urbains.

Brume pigmentée
Les paysages de Niura Bellavinha nous transportent dans son univers en lien étroit avec la nature. Mélangeant l’huile et l’acrylique sur une même toile, elle joue avec la matière, mettant en avant des éléments naturels tels que le vent et la brume. Les pigments au contact de l’eau créent un effet de moiré conférant au paysage une aura mystique. Ces panoramas fantomatiques augurent-ils une fin tragique pour l’environnement?

Azulzim 11, 2017

Macrocosm II, 2019

Météores incandescentes
Dans leur exploration et leur expérimentation de l’étude du mouvement, Noora Kulvik et Ana D. Lombard démontrent que toute chose est en perpétuelle mutation. Fruit de longues conversations à propos de la surconsommation de nos ressources naturelles, les deux artistes basées à Genève ont décidé d’articuler leur art autour du thème du mouvement. Dans leur dernières photographies, ce sont des roches dont la rotation évoque des météores qui illustrent leur concept. Les étincelles rappellent l’énergie résultant du mouvement de la matière, provoquée par la vitesse du déplacement. Ces formations lumineuses créent ainsi une poussière cosmique rappelant à la fois la création de l’univers mais aussi les minéraux présents dans les entrailles de la Terre. Les fond colorés sont maculés de nuances dues au mouvement de l’objet capturé par un temps d’obturation très long. Telles des météorites incandescentes, les prises de vue de Noora Kulvik et Ana D. Lombard nous poussent à nous interroger sur la suffisance des ressources de notre planète.

L’origine du monde
Avec le sexe de la femme placé au centre de l’actualité, Angela Marzullo apporte une touche féministe à l’exposition. Dans Makita Origin (2017), des journaux ouverts sont cisaillés afin de former un trou bordé de lambeaux de papier évoquant sans conteste une vulve. Ceci est le résultat d’une performance au Centre de la Photographie à Genève, où l’artiste découpait à l’aide d’un ouvre-lettre le journal Le Monde durant les 28 premiers jours de son exposition Feminist energy crisis. Ces vulves de papier ne manquent pas de piquant. Ici, on ne peut s’empêcher de remarquer le titre de l’article: L’Oral prend le pas sur l’écrit, soulignant le côté militant un brin provocateur de cette performeuse de talent. Telle une réponse au machisme qui parfois subsiste dans la presse, Angela Marzullo a.k.a. Makita, lance un pavé dans la mare, nous rappelant que l’origine du monde est féminin et que sont futur sera vraisemblablement assuré par les femmes.

Illuminations
Jusqu’au 8 mars
à l’Espace L
Rue des Bains 23
1205 Genève
https://www.espacel.net/

Makita Origin, 2017

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