Tami Ichino, vibrations poétiques

par 10 juillet 2024À la une

Chez Tami Ichino, les sujets perdent leur signification initiale et deviennent une notion poétique. Dans un second niveau de lecture, ils narrent des histoires personnelles suspendues dans le temps dont l’esthétique est empreinte d’un imaginaire calme et silencieux.

Témoins d’une réalité invisible, les objets qui entourent Tami Ichino prennent une forme poétique dans ses œuvres. Bien que parfois rythmé par des éléments urbains, l’art de l’artiste se tourne essentiellement vers la nature. Dans ses séries de grandes toiles Porter et Rocher percé, aux fonds composés d’une vibration de touche de couleurs primaires agrémentées de noir, une présence isolée habite un espace dépourvu de tout décor. Ainsi, dans Porter (Yukizuri) et Porter (Objets en paille) les compositions végétales, imprégnées de la culture japonaise de l’artiste née à Fukuoka, se muent en figures à la fois puissantes et vulnérables. Elles sont porteuses d’une intuition intérieure qui nous pousse à regarder au-delà des apparences.

Porter (Yukizuri), 2021

On retrouve cette vibration de couleurs dans les séries de petits formats Salin (2019) et Nori (2022). Ici, l’abstraction offre une autre dimension au sujet qui devient de cette manière autre chose. Ce dernier perd sa matérialité et incarne ainsi un ressenti impalpable. Dans un camaïeu allant du vert le plus clair au plus sombre, la série Nori s’illustre comme le temps qui passe. D’ailleurs, la carnation de ces feuilles d’algues varie selon l’heure de la journée, lorsque l’on regarde à travers. Ce qui semble opaque à un certain moment peut devenir limpide comme l’eau de source. Tout comme le chagrin, qui se dissipe avec le temps, tels des nuages disparaissant après un orage.

Les petits formats sur bois de Tami Ichino aux airs de gamme chromatique reflètent une certaine inconstance de l’être et du vivant. Avec une grande délicatesse, l’artiste esquisse les variations de la densité du sel formant des cristaux aux salines de Camargue dans Salin. Ces pièces exhalent une certaine sensualité par la qualité du dessin, les teintes rosées et ces textures qui peuvent évoquer un tissu cellulaire. Après tout, le corps humain est essentiellement composé d’eau qui, lorsqu’elle s’évapore, laisse une couche imperceptible de sel sur l’épiderme.

Avec beaucoup de finesse, Tami Ichino décontextualise les sujets les plus anodins pour leur donner une dimension bien plus profonde. Jouant avec des formats monumentaux et d’autres plus confidentiels, l’artiste sublime les sentiments impalpables à travers des entités tangibles.

À découvrir jusqu’au 14 septembre 2024 dans l’exposition collective Salutation chez Gowen.

Nori 1-12, 2022-2024. Photo: Courtesy of GOWEN, Geneva ©Julien Gremaud.

Salin 1 - 7, 2019. Photo: Courtesy of GOWEN, Geneva ©Julien Gremaud. 
Nori 5, 2022-2024
Salin 7, 2019

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