Un vêtement, une histoire: le pantalon palazzo
Star des podiums dans les années 1970, le pantalon palazzo a été en premier lieu un trompe-l’œil permettant aux artistes travestis de s’exprimer en toute liberté, bravant ainsi l’interdiction du port de la jupe pour les hommes.
Everest dans le programme de Madame Arthur. Avec la courtoisie des JD Doyle Archives, © JDDoyleArchives.org
Avec sa taille haute et sa coupe extrêmement large, le pantalon palazzo ressemble à première vue à une jupe. Cette pièce incontournable de la garde-robe est de nos jours moins singulière qu’elle ne le fut dans les années 1960. Si l’on remonte dans le temps, l’ordonnance du préfet de police de Paris du 7 novembre 1800 interdisait aux hommes et aux femmes de se travestir en dehors des périodes de carnaval. Dans un climat d’homophobie, la prostitution masculine est dans le viseur des autorités. Lors de la Libération, le ministre de l’Intérieur Jules Moch décide d’étendre l’interdiction de porter des vêtements féminins aux hommes dans les bals et spectacles dits travestis ; il en va de même pour l’interdiction aux hommes de danser entre eux.
Adopté en masse par les transformistes du cabaret Madame Arthur, le pantalon palazzo fut une manière de détourner les interdictions vestimentaires. En effet, certains artistes se souviennent que la police les attendait à la sortie du spectacle pour les embarquer dans « le panier à salade ». De cette manière, ces derniers pouvaient affirmer qu’ils ne portaient pas de jupe, mais bien un pantalon. La forme du pantalon palazzo permettait également de recréer les mouvements fluides des étoffes glamour, propres aux longues robes, lors des spectacles, ce qui renforçait la théâtralité de la performance.
Pantalon palazzo de la Maison Pucci. Photo: National Gallery of Victoria, Melbourne, purchased in 1993 © Emilio Pucci
Du côté des femmes, c’est dans les années 1930 que les premiers pantalons amples en soie font leur apparition chez Chanel. Dans les années 1960, bien que le port du pantalon commence à se démocratiser, il était toujours interdit aux fillettes et aux jeunes filles dans les écoles, sauf en cas de grand froid. C’est seulement en 1968 que les mouvements de libération assouplissent les mœurs. Il a d’ailleurs fallu attendre le 31 janvier 2013 pour que la loi interdisant le port du pantalon aux femmes soit officiellement abrogée par le ministère des Droits des femmes. Toutes ces injonctions expliquent bien l’engouement pour le pantalon palazzo dans les années 1960 et 1970, car il offrait la possibilité aux femmes de se vêtir librement sans trop attirer l’attention sur elles.
Intronisé dans l’univers de la haute couture par Emilio Pucci, le pantalon palazzo revient régulièrement à la mode, ce qui constitue un bel hommage à cette pièce iconique chargée d’histoire.