Jan Steenman ou la poésie du mycorhize
Et si l’on se penchait sur le réseau le plus altruiste du monde ? Oui, le réseau mycorhizien crée une symbiose entre les règnes du vivant dont on devrait s’inspirer. L’artiste Jan Steenman a su sublimer ces interactions en créant des sculptures en céramiques aériennes oscillant entre fragilité et élévation.
Pour cette édition 2026 d’Art Genève, la galerie Espace L, située au quartier de Bains, a décidé de présenter un solo show de ce jeune artiste basé à Genève. Les sculptures de Jan Steenman suisse d’origine suédoise et néerlandaise sont à mi-chemin entre le sublime et l’étrange. Dans sa pratique, il confronte le spectateur à des visons surnaturelles, notamment empruntées à un bestiaire pour la plupart du temps aquatique dans la série Évanescence. Présentée en 2024 à l’Espace Olizane, l’artiste a témoigné de sa virtuosité en matière de céramique avec ces êtres agrémentés de structures tubulaires aériennes. Il a d’ailleurs puisé l’inspiration pour ces silhouettes dans la méditation Vipassana, que l’on ressent particulièrement avec les crabes dont le corps est soudainement séparé en deux, évoquant une forme d’élévation. Cette verticalité était déjà bien présente dans On n’est pas bien là ? (2018) où des structures moléculaires s’apparentaient pour certaines à des colonnes vertébrales.
L’organique et le vivant sont au cœur de l’art de Jan Steenman, tout comme la fragilité et l’équilibre qui peut se rompre à tout instant. C’est le cas avec ses sculptures de latex anthropomorphe qui semblent esquisser une chute, voire un déclin, mais peut-être aussi une naissance, car beaucoup d’entre elles ont un cordon ombilical, qui peut aussi évoquer le lien, comme si la silhouette humaine réalisée en 2018 augurait le travail actuel de l’artiste.
Pour son solo Show à Art Genève, l’artiste a réalisé dix sculptures en céramique émaillée. Cette nouvelle série s’intitulant Mutualisme explore cette fois-ci des mycorhizes, une association symbiotique appelée mycorhization reliant les racines des plantes à des champignons. Ainsi, ce réseau mycorhizien permet d’échanger du carbone organique et des minéraux entre les différentes espèces. De cette manière, l’artiste crée une analogie poétique entre l’humain et la nature. Cela évoque les relations enrichissantes et réciproques qui peuvent subsister entre les peuples, bien au-delà des frontières. La structure des sculptures de la série Mutualisme illustre la dissolution d’un modèle individualiste pour laisser place à un système interconnecté.
En plus de maîtriser les arts du feu, l’artiste accorde une grande importance à la performance dans sa pratique. En accompagnement à la pièce centrale du stand, il s’investira physiquement pour créer un lien littéral avec le vivant et ainsi, offrir une expérience immersive inédite aux spectateurs.
A découvrir à Art Genève au stand D48 de la galerie Espace L