Femmes sculptrices : Anna Fasshauer

par 17 février 2026À la une, Art contemporain, Art Genève 2026, Femmes sculptrices

Cabossées et aériennes, les sculptures de l’artiste allemande Anna Fasshauer impressionnent par leur équilibre. Résultant d’une beauté martelée à la main, elles nous intriguent. Immersion dans une œuvre où le tangible devient manifeste.

Dans une époque rythmée par des textes et des images virtuelles, la physicalité occupe une place centrale dans le travail d’Anna Fasshauer. Ici, le palpable et l’imparfait sont amplifiés, et c’est sans doute une chose dont nous avons plus que jamais besoin. Née à Cologne en 1975, l’artiste a étudié à Chelsea School of Art and Design de Londres. Aujourd’hui, elle vit et travaille à Berlin. Contrairement à d’autres sculpteurs, l’artiste n’emploie aucun assistant pour réaliser ses œuvres.

Voyager,  2025. Vue de l’exposition DONE!, à la galerie Fabienne Levy de Zürich.
Photo © Tristan Savoy. Courtoisie de la galerie Fabienne Levy

Par la force des mains

De nos jours, les femmes continuent à s’emparer du métal comme médium. Il faut dire qu’il y a quelques décennies, elles étaient rares dans les sections sculptures des écoles d’art. Nécessitant de la force et particulièrement harassante, la sculpture a été pendant bien longtemps le mode d’expression le plus genré dans le monde de l’art. D’ailleurs, on retrouve aussi cette répartition des genres dans le monde ouvrier. Anna Fasshauer travaille ses œuvres par la force de ses mains, avec pour seuls outils, un marteau et un pistolet à rivets. Parmi tous les métaux, elle a choisi l’aluminium, car c’est un métal léger assez malléable. Ainsi, une véritable confrontation entre l’artiste et la matière est possible. De ce fait, le marteau, outil archaïque devient le prolongement de son corps.

Cabinet sauvage,  2025. Vue de l’exposition DONE!, à la galerie Fabienne Levy de Zürich.
Photo © Tristan Savoy. Courtoisie de la galerie Fabienne Levy

La création par la destruction

Chez Anna Fasshauer, la colère est transformée en acte de création. Le matériel froid à vocation industrielle prend une tournure ludique. Cabossées, avec des jointures pliées, ces créations de grandes tailles semblent être réalisées en quelques instants, alors qu’elles ont nécessité de longues heures de façonnage. L’utilisation de couleurs non rompues, plus communément présentes sur les objets en plastique, apporte encore plus de légèreté aux œuvres de l’artiste. Certaines sculptures tubulaires évoquent une paille que l’on aurait entortillée. Avec un humour assumé, l’artiste convoque des moments insouciants liés au monde de l’enfance. Détruire pour créer, un acte délibérément féministe ?  On se souvient bien de la série Tirs (1961), des « tableaux performance » exécutés à la carabine par Niki de Saint-Phalle. Cette dernière affirmait lors d’une interview en 1965, face à un journaliste quelque peu sexiste, que seule une femme pouvait créer quelque chose de beau et constructif avec une arme. Dans le travail d’Anna Fasshauer, on peut voir une sorte de résilience, car les femmes sont toujours affiliées à des stéréotypes, surtout sur leur soi-disant manque de force physique et mentale, selon les courants masculinistes et rétrogrades. Le fait de canaliser ses émotions négatives en quelque chose de beau et créatif peut sembler être une réponse aux injonctions de notre société.

 

Avec ses sculptures où l’actionnisme est moteur de création, Anna Fasshauer n’a rien à envier à un Franz West ou à un John Chamberlain. En incluant ses propres ressentis, elle a su créer une œuvre singulière qui s’inscrit dans l’histoire de l’art contemporain.

 

DONE!, à découvrir jusqu’au 28 février à la galerie Fabienne Levy de Zürich.

Defraction Lace, 2025
Photo © Anna Fasshauer. Courtoisie de la galerie Fabienne Levy
Plateau 5, 2025
Photo © Tristan Savoy. Courtoisie de la galerie Fabienne Levy
Vue d’installation d’Art Genève, 2026
Photo ©
Tristan Savoy. Courtoisie de la galerie Fabienne Levy

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