Pixel manuel

par 26 janvier 2026À la une, Art contemporain, Art Genève 2026

À l’occasion de la foire Art Genève, Claude Cortinovis présentera ses derniers dessins. Délicats et minutieux, ces portraits de femme s’inscrivent dans un corpus d’œuvres à la démarche sensible. Dans un monde au rythme effréné, l’artiste sublime la lenteur et le dur labeur.

Les dernières œuvres de l’artiste basé à Genève Claude Cortinovis représentent des figures féminines de son entourage. Dans le même esprit que les portraits monumentaux réalisés à l’aide de petits tampons sur un papier quadrillé à la main, l’artiste nous pousse à nous interroger sur notre existence et notre passage sur terre. Avec la série SHE #00,23, l’artiste hachure des carrés de 2 mm sur 2 mm, cette fois-ci quadrillé numériquement, ce qui peut s’apparenter à un travail de gravure. Il explique justement s’être inspiré de la minutie des gravures anciennes. Ainsi, ses dessins requièrent toujours autant d’heures de travail, et de plus, le fait d’avoir un damier plus fin permet de ne pas perdre de la précision dans la lecture de l’image finale. L’artiste aime préciser qu’il fait de manière imparfaite et très lente ce que la machine fait parfaitement et rapidement. Réaliser des images qui empruntent leur esthétique à l’informatique de manière manuelle est essentiel dans un monde de plus en plus numérique. Cela permet de garder un certain lien avec la matérialité. Pour lui, ses dessins au tampon sont hérités du pixel informatique, qui, lorsqu’il a débuté cette série de portraits était alors à ses balbutiements. L’Artiste, né en 1967 et ayant étudié aux Beaux-Arts dans les années 1990, a vu les pratiques artistiques se transformer.

SHE 00,23,30.12.2025

Cette nouvelle série de portraits mesurant 80 x 80 cm est quand elle, beaucoup plus petite que les grands formats réalisés auparavant. Cela lui confère un côté bien plus intime, car ici, il ne représente que des proches, et parfois même des scènes érotiques. Il s’agit ici d’une reprise de la série SHE dont les dessins mesurent 2 m sur 2 m. Il a d’ailleurs repris comme départ de dessin la photo utilisée pour une des œuvres monumentales présentée il y a 11 ans à la TEFAF de Maastricht. Cette œuvre a été montrée, vendue et décrochée le soir même du vernissage, et, de ce fait, l’artiste n’a pas eu l’occasion de la montrer à beaucoup de personnes. C’est sans doute pour cela qu’il s’est dit qu’il voulait représenter à nouveau cette photo. Claude Cortinovis aime reprendre parfois les mêmes motifs, qu’il travaille avec d’autres couleurs, dans d’autres formats. Cela fonctionne aussi un peu comme une image informatique, que l’on peut reproduire indéfiniment. L’artiste essaie d’effacer le plus possible son geste, pour lui l’œuvre est bien plus importante que son créateur. On peut y voir une forme d’humilité dans ce procédé, qui rejoint l’idée que nous ne sommes rien.

Les sujets peuvent être multipliés, un peu comme dans le Pop Art. Les références à l’histoire de l’art, dont il intègre des éléments dans son travail sont récurrentes. Souvent, il brouille les pistes entre des événements de sa propre vie avec des extraits de poème, ou des clins d’œil subtils à d’autres artistes, créant ainsi une double lecture dans ses œuvres.

A découvrir au stand D36 de la galerie Gowen

 

 

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Il y a des gestes indéniablement empreints de poésie. Depuis plus de 40 ans, Lee Ufan ne cesse de nous faire rêver. L’une des œuvres les plus emblématique de Lee Ufan reste la série From Line. Sur une toile occidentale, l’artiste trace des lignes composées de pigments minéraux en poudre japonais.

L’artiste français Adrien Belgrand aime jouer avec différentes temporalités. Pour réaliser ces toiles, il part d’une photographie d’un instant qu’il agrandira et peindra durant des heures.