Ronces de feu

par 23 juin 2026Art contemporain

Fraîchement diplômée de la HEAD, la jeune artiste Kim Pearl Rosset a présenté Aubépine pour son travail de bachelor. Ces sculptures allient prouesses techniques et poésie, nous livrant un triste constat sur l’état du monde.

Exposé lors du Grad Tour 2026, cet ensemble de sculptures surgit d’un décor dépouillé de tout autre élément. Composées de fonte d’aluminium, ces ronces d’aubépine dialoguent avec des fruits défendus en céramique. Bien que l’aubépine fasse, à première vue, référence à la couronne du Christ, on peut voir plusieurs niveaux de lecture dans cette œuvre. La disposition des pièces, qui tient en parfait équilibre, traduit une maîtrise du placement des pleins et des vides, car il faut rappeler qu’aucune sculpture n’est fixée au sol.

Avec cette scénographie, on assiste peut-être à une scène de désolation. Est-ce que les fruits, qui se détachent peu à peu de leur arbre, évoquent un déclin ? En observant cette œuvre, on ne peut s’empêcher de penser au réchauffement climatique, surtout à cette période de l’année. On ressent toute la vulnérabilité de notre Terre à travers ces bois d’aubépine, dressés comme feu les arbres du Marais mort de Namibie. Ce lieu mythique a d’ailleurs inspiré des scènes du film Mad Max Fury Road, comme quoi, ce paysage de métal augure un avenir apocalyptique.

Aubépine, 2026. Photo: © HEAD – Genève, James Pascale

Avec cette œuvre, Kim Pearl Rosset a su créer une tension entre les matériaux: pesantes et fragiles pour les cenelles en argile brune, en opposition avec les épines solides et aériennes. Ce n’est pas la première fois que l’artiste mélange les arts du feu. Ce fut déjà le cas avec Oreille interne: écoute intérieure. Dans son œuvre, elle aime créer des formes hybrides entre le végétal, l’animal et l’organique. Bien qu’Aubépine convoque plutôt quelque chose de végétal, on peut y déceler des éléments qui rappellent notre anatomie. Ici, les jointures volontairement apparentes rappellent l’alignement des gaines de myéline recouvrant les cellules de Schwann qui composent les axones. Cette fragmentation fait ressortir les liens qui subsistent entre les êtres vivants.  

Aubépine, 2026. Photo: © HEAD – Genève, James Pascale
Aubépine, 2026. Photo: © HEAD – Genève, James Pascale
Aubépine, 2026. Photo: © HEAD – Genève, James Pascale

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