Tribulations au pays des fées vertes

par 7 juillet 2026À la une, Art contemporain

En ce mois de juillet, il est bon de se rendre dans le Val-de-Travers! Outre le spectaculaire Creux-du-Van, on pourra admirer les œuvres d’artistes suisses avec l’incontournable Art Môtiers 2026, mais aussi Fées vertes, une exposition qui prend ses quartiers aux Six Communes.

Art en plein air

Pour sa neuvième édition, Art Môtiers réunit 33 artistes et collectifs dans le village éponyme et ses alentours. Les visiteurs peuvent acheter leurs billets à la boutique située au début du parcours, à la gare de Môtiers, et reçoivent un guide de visite contenant une carte et des notices explicatives. Disséminées dans la forêt, les champs et le long des rivières, les œuvres offrent un parcours en plein air riche en diversité. Les sculptures et installations jumelées à des éléments urbains du village permettent également aux personnes à mobilité réduite de profiter d’un petit parcours tout aussi intéressant. Parmi les artistes, on retrouve Adrian Fernandez Garcia, qui a élaboré de petits bronzes intitulés Les Arrêts. Ces index font référence aux doigts squelettiques du personnage principal d’une affiche d’Albert Gantner « La Fin de la Fée Verte », publiée en 1910 dans l’hebdomadaire satirique genevois Guguss. Ce personnage inquiétant pointait une horloge et on pouvait lire « Messieurs, c’est l’heure… » au-dessus de sa tête. En effet, le 7 octobre à minuit, la loi sur la prohibition de l’absinthe entrait en vigueur. Adrian Fernandez Garcia a trouvé intéressant d’installer ces bronzes sur les arrêts de volets, car cela leur conférait une fonction cinétique, en plus de l’action de retenir quelque chose. Étant mobiles, les index peuvent ainsi pointer différentes choses en fonction de l’heure ; cette notion de temps rappelle l’horloge de l’affiche. Dans le village, une autre œuvre évoque des questions intimes : la boîte à musique de Camille Mermet Commencer par se souvenir qui émet des récits de souvenirs de femmes lorsque l’on actionne la manivelle.

Les Arrêts, Adrian Fernandez Garcia. Avec la courtoisie de l’artiste.
Chimère, Sandrine Pellletier. Photo: © P. Simon-Vermot et E. Pellissier

Qui dit Môtiers dit passage obligé à la Maison de l’absinthe, dont la baie vitrée accueille La très méchante… de Léa Katharina Meier, une fresque in situ représentant une fée verte. Ce lieu incontournable possède également la plus grande fontaine à absinthe du monde. Une autre artiste s’est emparée du thème de manière poétique : Gina Fischli a conçu La Spiritueuse, une installation composée de verre suspendu à une fontaine publique, rappelant le temps où l’on diluait son absinthe lors de festivités directement dans la rue. Avec ses ready-made, l’artiste a pour habitude de transformer des sujets banals en objets de désir.

La très méchante…, Léa Katharina Meier. Photo: © P. Simon-Vermot et E. Pellissier
La Spiritueuse, Gina Fischli. Photo: © P. Simon-Vermot et E. Pellissier

Le grand parcours d’Art Môtiers se prolonge dans la nature, où l’on découvre Chimère, une impressionnante installation de Sandrine Pelletier composée d’éclats de miroirs formant une cascade, mais aussi Formes sur Bied d’Emanuel Mbessé, des solides minimalistes flottant sur une rivière. Quant à Pipilotti Rist et Olaf Breuning, tous deux parrains de l’exposition, ils ont créé des œuvres vaporeuses s’intégrant avec légèreté dans l’environnement, comme Nichts, une cabane diffusant des bulles contenant de la fumée pour Rist, et, pour Breuning, un singe vapotant un tuyau faisant office de barrière. A ne pas manquer!

Formes sur Bied, Emanuel Mbessé. Photo: © P. Simon-Vermot et E. Pellissier

Fées vertes

Cet été, la Galerie Vision Suisse s’est installée dans le bâtiment historique des Six-Communes de Môtiers, construit au XVIe siècle servant autrefois de halles. Elle nous propose deux expositions : Fées vertes au rez-de-chaussée et Regards sur le paysage à l’étage. Inauguré lors de la fête de l’absinthe, l’accrochage Fées vertes propose un regard élargi sur cette figure mystique. Si la fée est familière et rassurante chez Anton Hasler qui puise son inspiration dans l’antiquité et le symbolisme, elle prend une tournure bien plus inquiétante dans l’œuvre de Thibaut Cudré-Mauroux. Avec Okāsan de Yannick Lambelet, on passe dans un espace qui oscille entre le réel et une dimension virtuelle. Les protagonistes de la toile sont issus du jeu vidéo Resident Evil et le décor n’est rien d’autre que le collège où l’artiste a étudié à Yverdon. Souvent source d’anxiété, l’école reste habituellement le premier lieu où les adolescents font face à l’adversité. L’artiste inclut toujours des éléments virtuels qui côtoient des éléments concrets dans ses toiles. Tout comme Yannick Lambelet, Grégory Sugnaux collecte des images sur internet, souvent kitsch et absurdes, pour composer ses œuvres aux tonalités vibrantes.

Okāsan, Yannick Lambelet.

L’exposition se penche également sur la mythologie et la littérature, comme c’est souvent le cas avec Philippe Fretz, dont la Divine Comédie de Dante occupe une place centrale dans son travail. Quant à Vincent Python, il nous plonge dans la tragédie d’Ophelia, avec une peinture au format intime d’une extrême délicatesse. On retrouve d’ailleurs cette précision picturale dans toute son œuvre. Avec ses paysages et natures mortes empreints d’une lumière douce, il nous fait basculer dans un univers onirique où tout semble paisible. Chez Romain Buffetrille, on assiste à une manifestation mythologique du réel. Il mêle des figures issues du folklore suisse avec la mythologie gréco-romaine pour nous livrer un récit bien plus personnel. D’autres créent une hybridation entre la fée et la nature ; il en est ainsi avec Christine Sefalolosha et Simone Nicola Filippo.

Reset, Grégory Sugnaux. Avec la courtoisie de l’artiste et de la Galerie Vision Suisse.
Portrait, Anton Hasler. Avec la courtoisie de la Galerie Vision Suisse.

En parlant de mythes et de légendes, si l’on s’intéresse aux origines de la fée verte, ces dernières restent bien floues. D’après la chercheuse Nina Studer, l’absinthe aurait été inventée soit par des médecins français, soit en Suisse par des femmes décrites comme des sorcières. Néanmoins, la première trace d’absinthe date de 1760 dans le Val-de-Travers. Travaillant, entre autres, sur le thème de la botanique, Carine Bovey s’est penchée sur les plantes hallucinogènes utilisées dans la sorcellerie avec sa toile Ballet aérien, représentant trois sorcières entourées d’une multitude d’espèces, dont l’absinthe, la belladone, la mandragore et le datura. Souvent savantes, les femmes possédaient une grande connaissance des végétaux, ce qui leur a valu d’être considérées comme maléfiques. On retrouve cette inclinaison féministe chez Namsa Leuba qui s’affranchit du regard occidental en créant des portraits surprenants de femmes afro-descendantes aux allures de fée. D’origine ghanéenne et Neuchâteloise, elle a su créer un imaginaire mêlant les différentes cultures qu’elle rencontre.

 

Ballet aérien (série Hortus Maleficarum), Carine Bovey. Avec la courtoisie de la galerie GOWEN.
Sans titre I (série Cocktail), Namsa Leuba. Avec la courtoisie de la Galerie Vision Suisse.

A voir également :

NGAPA Living Water
Du 31 mai 2026 au 31 octobre 2027

La Fondation Burkhardt-Felder explore le thème de l’eau dans sa nouvelle exposition intitulée NGAPA Living Water, à travers une quarantaine d’œuvres issues de sa collection d’art aborigène contemporain. Source de vie, l’eau occupe une place significative dans les récits mythiques et les différentes pratiques artistiques des peuples autochtones d’Australie.

Pour les afficionados d’automobiles

Dans le cadre de l’exposition Fées vertes, les artistes Kesh et Thibaut Cudré-Mauroux sont intervenus sur une voiture, lors d’une performance. Plus classique, le Musée de l’automobile «Le manège» abrite la collection de voitures anciennes d’une grande rareté de la Fondation Burkhardt-Felder Arts et Culture.

Infos Pratiques 

Art Môtiers
Avec : Olaf Breuning et Pipilotti Rist, Parrain et marraine de l’exposition.
Sophie Ballmer et Tarik Hayward, Giona Bierens de Haan, Tim Casari, Davide Cascio, Adrien Chevalley, COD.ACT, Noémie Doge ,Adrian Fernandez Garcia, Gina Fischli, Karim Forlin, Florian Graf, Martin Jakob, Xénia Lucie Laffely, Lang/Baumann, Samuel Mathiss, Emmanuel Mbessé, Léa Katharina Meier ,Camille Mermet, Julie Monot, Mouvement Studio, Sandrine Pelletier, Augustin Rebetez, Delphine Reist, Delphine Renault, Anne et Jean Rochat, Alan Schmalz, Julie Semoroz, Jürg Stäuble, Jan Van Oordt, Mahtola Wittmer, Zimoun
https://artmotiers.ch/

Galerie Vision Suisse
Fées Verte, jusqu’au 20 septembre
Avec: Carine Bovey, Romain Buffetrille, Thibaut Cudré-Mauroux, Philippe Fretz, Anton Hasler, Kesh, Yannick Lambelet, Namsa Leuba, Renaud Loda, Simone Nicola Filipo, Vincent Python, Christine Sefolosha, Grégory Sugnauxs

Regard sur le paysage (au premier étage)
Avec: Carine Bovey, Romain Buffetrille, Coline Davaud, Florence Grivel, Charles L’Eplattenier, Philip Maire, Nicola Marcone, Line Marquis, Grégoire Müller, Guillaume Perret, Vincent Python, Alain Riad, Christine Sefolosha, Jérôme Stettler, Grégory Sugnaux

Lieu des deux exposition: Six-Communes,
Rue centrale 1
2112 Môtiers
Horaires : du mardi au dimanche de 10h à 18h

galerievisionsuisse@gmail.com
+41 79 545 20 92
https://galerievisionsuisse.com/

 

Musée La Grange – Fondation Burkhardt-Felder
Art aborigène australien: entrée gratuite au musée les 16 et 30 juillet, 13 août et 17 septembre de 14h à 18h.

Musée de l’automobile : de mi-mai à mi-novembre, uniquement avec visite guidée, sur rdv

Château d’Ivernois
Grande Rue 7
2112 Môtiers NE
Val-de-Travers, Suisse

https://www.fondation-bf.ch/fr/#les_expositions

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Fraîchement diplômée de la HEAD, la jeune artiste Kim Pearl Rosset a présenté Aubépine pour son travail de bachelor. Ces sculptures, alliant prouesses techniques et poésie, nous livrent un triste constat sur l’état du monde.

Actuellement exposé à la Biennale de Venise, le duo d’artistes Joana Hadjithomas et Khalil Joreige n’est plus à présenter. Leur œuvre, principalement cinématographique et photographique poétise notre histoire contemporaine. Ils exposent également en ce moment Histoire d’un photographe pyromane de la série Wonder Beirut à la galerie Analix Forever.