Un objet, une œuvre : Ventilator d’Olafur Eliasson
Appareil électroménager indispensable de l’été 2026, le ventilateur est également l’un des accessoires phares de l’art conceptuel. Cet objet du quotidien, inventé en 1882 par Schuyler Wheeler demeure l’élément central de Ventilator d’Olafur Eliasson, une œuvre qui redéfinit notre perception de l’espace.
Souvent utilisé pour les installations cinétiques, car peu coûteux, le ventilateur a donné du volume à des sculptures gonflables, telles que Vertical Volume de Yasuaki Onishi, ou encore modulé les Danses du scalp, (2012) d’Annette Messager pour ne citer que quelques exemples. Chez Olafur Eliasson, le ventilateur devient l’œuvre en elle-même. Suspendu par un câble, il oscille aléatoirement au-dessus du spectateur. Ainsi, l’espace où ce dernier se trouve fait partie intégrante de la sculpture ambulante. Agissant comme personnification mécanique du vent, l’œuvre réintroduit un phénomène naturel au sein d’un espace muséal aseptisé, tout comme la lumière et l’eau dans certaines installations iconiques de l’artiste. On se souvient du Weather Project en 2003 à la Tate Modern, un soleil géant illuminant le hall principal de l’institution, ou encore de Life, son intervention spectaculaire à la Fondation Beyeler en 2021 qui avait nécessité de démonter une partie du bâtiment pour y faire entrer un marais vert fluo hébergeant une multitude de plantes aquatiques.
Avec Ventilator (1997), l’artiste transforme un objet commun en une installation immersive, nous poussant à nous questionner sur l’énergie qui est utilisée pour alimenter les systèmes servant à réfrigérer nos espaces de vie. Presque 30 ans après, cette préoccupation demeure d’actualité, surtout à une époque où, la plupart des pouvoirs politiques en Europe pensent climatiser massivement nos villes. Depuis toujours, l’artiste islando-danois nous invite à reconsidérer notre lien à l’environnement. Né à Copenhague de parents islandais en 1967, une année où une prise de conscience mondiale s’est opérée, l’artiste s’est toujours préoccupé de la nature et de la relation que nous entretenons avec cette dernière. Transformer l’espace en bouleversant nos sens pour changer notre perception de notre environnement est l’une des caractéristiques les plus fréquentes du travail de l’artiste. Qu’il s’agisse de la lumière, de la température ou encore de notre équilibre, l’artiste implique l’entièreté de notre corps dans la contemplation de l’œuvre. On ne la regarde pas seulement, mais on la ressent, qu’il s’agisse d’une petite pièce ou d’une scénographie complète.
Actuellement conservée au MoMa, Ventilator reste une œuvre clef des premiers travaux d’Olafur Eliasson. Ce ready-made qui peut paraître simple d’un premier abord, raconte beaucoup de choses que l’on ne l’imagine.
Olafur Eliasson, Ventilator, 1997. Vue de l’installation au Postfuhramt, première Berlin Biennale, en 1998 © Olafur Eliasson