Geometric abstraction is not dead!

par 18 décembre 2020Art contemporain, Exposition

L’exposition “That’s the Way It Is. Digressions on Geometric Abstraction” aborde l’abstraction géométrique sous toutes ses formes. Dans un accrochage thématique, la galerie Gowen Contemporary fait dialoguer des oeuvres aux styles éclectiques s’étalant sur une période de plusieurs décennies. Immersion dans le cercle des artistes qui ont fait de la géométrie un mouvement artistique.

Il faut dire que l’abstraction géométrique n’a pas pris une ride. Elle a su garder son attrait universel, comme l’écrivait Theo Van Doesburg, premier théoricien de l’art concret dans son manifeste en 1930. Si l’on se penche sur l’artisanat antique, on notera que souvent, des formes géométriques ornaient les objets. D’ailleurs, les formes, empreintes de symboles depuis la nuit des temps continuent a influencer notre imaginaire. Certaine d’entre elles alimentent tous les fantasmes. Par exemple, le triangle, tantôt symbole d’équilibre ou de fertilité s’il est retourné, est associé à la franc-maçonnerie pour certains. Les polygones symbolisent également des chiffres, comme six pour l’hexagone ou encore quatre pour le carré. Une accointance avec les mathématiques donnant naissance à l’Art concret entre autres. 

Athene Galiciadis
Empty Sculptures (Chocolate and Strawberry), 2015
Stillleben (Intervalle, Birne und Gefässe), 2020
Intervals, 2018/19
Photo: Julien Gremaud 
Max Bill
Vierfarbirger Rythmus (Rythme à quatre couleurs), 1980
Claude Cortinovis
Au plus près de ma ligne (D’un bord à l’autre), 01.12.1995
Au plus près de ma ligne (Du haut vers le bas) (De l’extérieur vers l’intérieur), Juin 1994

Ligne de conduite
Chez Max Bill, les couleurs s’organisent selon un ordre déterminé. Elles s’articulent autour du blanc, donnant naissance à une esthétique dénuée de toute fonction. Tel un quatuor à cordes, les nuances créent un rythme harmonieux. Cette discipline de création se ressent aussi chez Anton Stankowski et Klaus Staudt où les reliefs prisonniers d’une plaque de plexiglas créent une danse. Bien que formellement proches des oeuvres concrètes, les abstractions de Claude Cortinovis questionnent sur la place de l’humain dans l’univers et la durée de son existence. Le papier, support de prédilection de l’artiste genevois, est millimétré à la main avec une rigueur scientifique. Dans Au Plus Près de Ma Ligne (D’un Bord à l’Autre), réalisé le premier décembre 1995, l’artiste trace méticuleusement des milliers de lignes. D’un geste constant, il noircit le papier, créant ainsi une performance nous interrogeant sur la confrontation entre l’action et l’inaction, mais aussi sur l’existence et l’inexistence. Est-ce que, tout comme le bec de la plume laissant une empreinte par les sillons qu’il creuse dans le papier, l’être laissera une trace immuable?

Faire cercle
Toujours à quatre mains, les oeuvres d’Alberto Finelli & Evyenia Gennadiou, mêlant dessin et technique d’impression expérimentale avec film d’aluminium, sont composées de plusieurs feuilles A4 qui font des aller-retours entre les deux villes où vivent respectivement les deux artistes. Entre Milan et New York, ces derniers créent en 2020 la série “Ribattuto” (répliquer, rétorquer en italien) où les formes aux textures dentelées créent des rythmes se parant de reflets irisés et holographiques. Le titre de l’oeuvre fait aussi penser au terme Ribattuta di gola, ornement utilisé par les chanteurs dans la musique baroque communément appelé ”tour de gosier”. Les textures de Ribattuto I et II  rappellent ce battement saccadé.

Alberto Finelli & Evyenia Gennadiou
Ribattuto II, 2020

Alberto Finelli & Evyenia Gennadiou
Ribattuto I, 2020

Athene Galiciadis
Stillleben (Intervalle, Birne und Gefässe), 2020

A la limite du figuratif
Contrairement aux artistes de l’Art concret, certaines oeuvres d’Athene Galiciadis effleurent le figuratif. Des objets présents dans Stillleben (Intervalle, Birne und Gefässe) (2020), l’artiste n’en garde que le motif. La perspective disparaît ne laissant derrière elle que des aplats de couleur comme si les objets avaient laissé une empreinte sur la toile. Ils se superposent, créant ainsi une composition abstraite aux couleurs subtiles dans une atmosphère onirique. Tel le souvenir d’une journée ordinaire, la poire et les pots reflètent l’imaginaire de l’artiste qui a le don de transformer quelque chose de banal en quelque chose de tout à fait extraordinaire.

Lorsque l’abstrait flirte avec le figuratif Waseem Ahmed n’est pas loin. Si l’on observe de près l’immense toile créée en cette année 2020, composée de feuilles d’argent et d’acrylique, on aperçoit un paysage urbain se fondant dans les cartes de la ville natale de l’artiste Hyderabad. Cette fusion donne naissance à une musique visuelle que l’on pourrait comparer à du bruit typographique.

Géométrie du céleste
Chez Waseem Ahmed, les polygones sont synonymes de symboles. Qu’ils proviennent de l’Égypte antique ou soient universels. Chaque forme raconte une histoire. Sur la toile représentant Hyderabad, le cercle noir représente une éclipse solaire. Sans être aussi radical que le suprémacisme de Malevich, les formes utilisées par Waseem prennent une dimension spirituelle. Dans une autre toile, l’ellipse noire est à nouveau présente. Elle représente le cercle de la vie, contenant l’univers. L’hexagone couvert de feuille d’argent représente quant à lui le paradis. Dans une configuration qui a trait au céleste, les formes sont liées et créent un langage universel. La segmentation évoque notre société de plus en plus divisée. L’artiste pakistanais a enrichi au fil des années son iconographie avec des références provenant de différentes cultures, donnant ainsi naissance à des oeuvres aux lectures multiples. Connu initialement pour sa réinterpretation des miniatures, l’artiste s’est toujours intéressé aux thèmes sociaux, politiques et culturels.

Waseem Ahmed
Untitled, 2020
Waseem Ahmed
Untitled, 2020
Nathalie Du Pasquier,
Big City, 2019
Peter Halley
Nothing Personal, 1997

Synthèse environnementale
Il ne serait pas possible de faire une exposition sur l’abstraction géométrique sans évoquer l’impact qu’a l’environnement sur les artistes. Les toiles de Peter Halley sont régies par l’architecture de New York, issue du mouvement Néo-geo, une abstraction géométrique minimaliste amenant les objets domestiques à devenir des matériaux sculpturaux. Ses inspirations vont du paysage urbain à la carte à puce. Chez Nathalie Du Pasquier, le paysage urbain perd toute perspective et devient un imbriquement de formes monochromes où la hiérarchie des éléments est aléatoire. Le spectateur est face à une synthétisation de la ville, à l’image d’un résumé de livre.

Comme Mondrian lorsqu’il vivait à New York complètement submergé par son œuvre, Athene Galiciadis s’inspire de son environnement pour créer, explorant la relation entre l’art et le design. Allant de la décoration jusqu’à l’architecture en passant par le design, elle s’inspire de tout ce qui l’entoure afin de créer un langage visuel qui lui est propre. On retrouve souvent dans son oeuvre les mêmes motifs se répétant à l’infini, évoquant une écriture automatique, qui recouvrent différents supports tels que des pots en céramiques ou encore des tissus.

Qu’elle puise ses sources dans la symbolique des formes ou dans le paysage urbain moderne, l’abstraction géométrique n’a pas fini de nous surprendre et continuera d’enrichir notre patrimoine artistique sous des formes toujours plus diverses.

Klaus Staudt
Abweichung (Déviation), 2000
Auflagenobjekt, 1971
Täuschung (Illusion), 1961
Anton Stankowski
Grundelement, 1970
Claude Cortinovis
Au plus près de ma ligne (D’un bord à l’autre), 01.12.1995
Au plus près de ma ligne (Du haut vers le bas) (De l’extérieur vers l’intérieur), Juin 1994
Klaus Staudt
Abweichung (Déviation), 2000

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