La féérie de l’upcycling
L’artiste Ibo a pris possession de l’espace du Garage 19, situé à côté de la galerie Espace Kugler. Jusqu’au 24 mai, il nous entraîne dans un univers floral entièrement composé de matériaux recyclés.
Grâce à l’intervention In Situ de l’artiste, ce lieu hautement industriel devient féerique avec ses nombreuses installations et peintures. L’artiste genevois Ibrahim Findik milite pour la protection de l’environnement en donnant une nouvelle vie à des déchets générés par notre vie quotidienne. Il découpe et fond des bouteilles de PET pour leur donner des formes végétales ou anthropomorphiques. Pour certains tableaux, il s’agit d’un don de châssis entoilé d’autres artistes qui avaient décidé de se débarrasser d’œuvres non achevées. Ainsi, il confère une nouvelle identité sémantique aux rebuts de la société de consommation. Inutile de rappeler que le travail d’Ibo reste fortement engagé. Anciennement fleuriste, l’artiste a su développer un lien à la fois fort et sincère avec la nature qu’il tente de protéger en sensibilisant le public aux thématiques écologiques. Avec ses fleurs monumentales composées de récipients de PET finement découpés et peints à l’acrylique, l’artiste évoque la mer de plastique formant le sixième continent, un vortex de déchets au cœur de l’océan Pacifique.
The Master Specimen, 2026
L’installation The Master Specimen (2026), un panneau noir orné de deux compositions florales dégoulinantes nous émerveille en premier lieu. C’est seulement lorsque l’on s’en approche que l’on découvre la matière de l’œuvre. Il faut noter qu’une telle maîtrise de la fonte de matériaux plastiques nécessite des années de pratique. Cette matière qui pourrait sembler « pauvre », est devenue très prisée de nombreux artistes contemporains tels qu’Anita Moliero. De nos jours, iI n’est plus rare de trouver des œuvres d’Upcycling Art sur les stands des galeries dans les foires d’art contemporain, car, en plus d’évoquer l’Arte Povera, ces sculptures des temps modernes interpellent les visiteurs par leur aspect ludique.
(robe) Lost Bride (pantalon) Missing husband, 2026
Dans une petite alcôve située sous les escaliers du Garage 19, une installation attire tous les regards. Illuminée par une guirlande de lumière noire, une mariée portant un blouson orné de fleurs fluorescentes dont la tête a été substituée par une bouche rouge nous fait face. A ses pieds, un sac à main couvert de coulure de peinture posé sur sa traîne de plastique de protection évoque le gaspillage de matières pétrochimiques nécessaire à la confection de robes de mariée. Ces dernières ne seront portées qu’une seule fois et auront, pour certaines voyagé durant des milliers de kilomètres. Avec Lost Bride et Missing Husband (2026), Ibo nous pousse à nous interroger sur les dégâts écologiques engendrés par l’ultra Fast Fashion. Au mur, un tableau orné d’un Jean couvert de motifs, mais aussi de traces de peinture blanche rappelle qu’il nécessite presque 4’000 litres d’eau pour fabriquer un pantalon et que les délavages créés à l’aide de pierre ponce produisent une boue chargée en produit chimique polluant les eaux usées des usines. Toutes ces productions d’objets, qui seront pour la plupart jetés, restent incommensurablement hydrophage et contribue à la destruction de l’environnement.
Anarchie Bâtie, 2026
Originaire de Turquie, Ibrahim Findik a pu constater les métamorphoses du paysage méditerranéen. Certaines régions sont d’ailleurs menacées par le tourisme de masse et risquent des glissements de terrain. C’est le cas des calanques de Marseille, mais aussi de l’île de Santorin, où les nouvelles constructions menacent des falaises bien trop fragiles pour accueillir tant de monde. La sculpture Anarchie Bâtie a des airs d’ « ecomostri ». Composée majoritairement de briques et de fers à béton côtelés, cette dernière illustre un paysage méditerranéen fragmenté. Sur une base de parpaings éventrés, des habitations recouvrent un territoire réduit. Reliées par des fers à béton, des portions de terrain flottent dans les airs, comme s’il s’agissait d’une exponentiation du bâti impossible. Cette installation aérienne convoque à la fois des souvenirs de cabane dans les arbres liés à l’enfance, tout comme un malheur propre à notre siècle. Cette œuvre illustre les multiples niveaux de lecture qui font la richesse du travail d’Ibrahim Findik. Ses œuvres ont le pouvoir de nous pousser à nous interroger à propos de notre impact sur l’environnement sans être moralisatrices. En somme, elles éveillent une petite voix qui réside en chacun d’entre nous, et qui nous dit : prends soin du monde.
LABO IBO
A découvrir jusqu’au 24 mai à l’espace Garage 19. Curation : Stéphanie Prizreni.
Avenue de la Jonction 19, 1202 Genève.
Série Wonder Walk