Regards sur le paysage
Le paysage est un sujet traditionnellement apprécié des artistes, en particulier en Suisse. Encore aujourd’hui, l’environnement continue d’inspirer de nouvelles créations, qu’il s’agisse de représenter le territoire helvétique ou des vues imaginaires. Dans la deuxième exposition de la Galerie Vision Suisse, ce thème commun du paysage fédère des artistes de générations, de pratiques et de styles différents donnant un aperçu du paysage artistique suisse contemporain.
80 ans après la mort de Charles L’Eplattenier, que reste-t-il à dire du paysage? Alors que le peintre neuchâtelois représentait le Jura à la manière des impressionnistes, sortant de son atelier pour le peindre à l’air libre et accordant une attention particulière aux variations atmosphériques et lumineuses, les artistes contemporains renouent certes avec un genre classique, autour duquel s’est construit une tradition picturale proprement suisse, mais ne répètent pas pour autant les anciens procédés.
Charles L’Eplattenier, Vue du Jura , Vers 1910
Ce ne sont pas tant les paysages qui ont changé que la manière de les représenter. Le territoire neuchâtelois continue d’inspirer Nicola Marcone: ses pans de lac et ses champs de colza, largement remaniés par les souvenirs et l’imagination, sont perçus par l’artiste comme autant de frontières et d’obstacles. Les Alpes, qui partagent ce statut d’entraves, ne limitent pas pour autant l’imagination des artistes: Florence Grivel les dissout dans la couleur jusqu’à l’abstraction, Line Marquis les noie dans une mer de nuages que survolent deux anges empruntés au Déluge du peintre vaudois Charles Gleyre, tandis que Philip Maire retouche un ancien tableau alpestre en peignant par-dessus une scène antédiluvienne donnant aux paysages les plus familiers un caractère anachronique ou exotique. Cette même étrangeté, à la fois séduisante et inquiétante, se retrouve sous le pinceau de Carine Bovey quand elle représente les serres du jardin botanique de Genève remplies de fleurs rares et menacées.
Vincent Python, L’arbre de mai , 2026
Comme dans les rêves ou les contes pour enfants, un visage humain surgit d’une forêt peinte par Christine Sefolosha et de petits personnages s’activent autour d’une ferme aux allures de jouets sortis de l’imagination de Grégory Sugnaux. Car tous ces paysages sont habités, parfois d’une présence céleste: une nuée d’oiseaux se détache de cimes en ombres chinoises dans une photographie de Guillaume Perret, un météore luminescent descend sur terre au milieu des sapins dans une toile de Romain Buffetrille et un astre irradiant un arc-en-ciel renversé illumine une scène de débâcle dessinée au pastel par Jérôme Stettler. Le silence s’empare néanmoins de plusieurs d’entre eux: Vincent Python donne à voir avec l’exactitude des peintres flamands un arbre de mai délaissé par la fête, Alain Riad déploie une végétation onirique, extraterrestre ou sous-marine, semblable à des tentacules, alors que Grégoire Müller ressuscite la peinture sous verre dans une scène de bord de lac apaisée. Enfin, Coline Davaud, dont la grande tapisserie crée une ouverture faisant écho à la vue que l’on a depuis la galerie vers la collégiale et le château de Neuchâtel, invite le visiteur à sortir de sa grotte pour reprendre pied dans le paysage réel et le contempler avec un nouveau regard.
PANORAMA
Regards sur le paysage
A découvrir jusqu’au 7 juin à la Galerie Vision Suisse
Alain Riad, Dream Landscape, 2026
Jérôme Stetller, Débâcle , 2026