Apparitions décomposées

par 28 avril 2021Art contemporain

Pour sa 4ème exposition à la Galerie Heinzer Reszler, l’artiste grison Mirko Baselgia nous propose une promenade en forêt à travers ses toiles minimalistes. Tels des spectres en nivaux de gris, les halos des coprins chevelus rythment le blanc des toiles aux tons écrus. 

Pour le 4ème volet de la série Coprinus Comatus, Mirko Baselgia appréhende le thème du coprin chevelu de manière innatendue. Cette fois, il ne se contente plus d’utiliser le jus de ce champignon, mais il le suspend au dessus d’une fine toile, le laissant ainsi répandre ses spores sur le coton brut.

Ce champignon commun répand ses spores de manière curieuse. En effet, il se perpétue lors de sa déliquescence en exsudant un liquide sombre et gluant. Cette encre qui lui vaut d’être cueilli dès le 18ème siècle est utilisée autant pour le dessin que pour l’écriture. A l’époque où les courriers électroniques n’existaient pas, ce champignon disposait donc des lettres écrites pour distribuer encore plus loin ses spores. L’artiste voit dans cela une métaphore de l’expansion planétaire de l’humanité. 

Coprinus Comatus – Four in the field, 2020
© Stefan Altenburger
Coprinus Comatus – Cirle, 2020
© Stefan Altenburger

On peut déceler une nouvelle interprétation de la vanité dans les tableaux de Mirko Baselgia. Le côté éphémère de notre passage sur terre, de même que les traces qu’on laisse derrière nous sont des concepts qui nous viennent à l’esprit. Si la décomposition du champignon nous renvoie à l’altération de nos propres corps, l’ensemble de l’oeuvre réanime en nous le sentiment de faire partie d’un tout.

En scrutant ces oeuvres, on peut apercevoir des petites tâches causées par des insectes. Durant le processus, ces derniers ont mangé des parties du pigment naturel, laissant apparaître le blanc de la toile. Malgré leur abstraction, les oeuvres de l’artiste mettent en lumière le rapport demeurant entre toutes formes de vies.

Comme la pousse du coprin chevelu ne dure que deux semaines au mois d’octobre, l’artiste et ses assistants ont été contraints de les cueillir durant cette très brève période. Cela a impliqué un grand travail de préparation en amont. Pour la plupart des toiles, la disposition des tâches et halos sont orchestrées par l’artiste, bien que deux oeuvres comprennent la disposition originale de champignons dans les bois.

 

Sur Coprinus Comatus – Cirle (2020), les halos confèrent un aspect mystérieux à la composition. L’abstraction permet une interprétation libre de l’oeuvre au spectateur. Chacun peut projeter son imaginaire dans les toiles de Baselgia. 

IMAGINE A WHITE SURFACE WITH IRREGULAR BLACK SPOTS
Jusqu’au 15 mai

Galerie Heinzer Reszler
Rue des Côtes-de-Montbenon 1-3-5
1003 Lausanne
https://www.heinzer-reszler.com/

© Julien Gremaud

Partagez cet article:

Plus d’articles

Sous le soleil exactement

Sous le soleil exactement

Cet été, la galerie Espace L présentera lors d’une private viewing les dernières oeuvres de l’artiste Carine Bovey. Dans un camaïeu de tons acidulés émergent de l’eau jambes et naissance de sein. Peu importe l’emplacement, l’important, c’est d’être sous le soleil exactement.

Porno chic

Porno chic

Dents de scies, rose poudré… comme dans un ballet contemporain, la révolte se fait en toute légèreté. Lorsqu’il s’agit de lutter contre la violence, l’artiste militante Lyz Parayzo ne manque pas d’aplomb. Avec vaillance, elle envoie valser les préjugés qui subsistent à l’encontre de la communauté LGBTQ+.

Bruits artistiques

Bruits artistiques

Pour célébrer ses 30 ans et 30 jours, la Galerie Analix Forever invite les Noisebringers durant une semaine. Entre performances, improvisations et concerts, on découvre pour la première fois l’univers visuel et sonore de ces trois musiciens expérimentaux dans une galerie genevoise. Une exposition qui ne manquera donc pas de faire du bruit!