Focus sur Petra Collins

par 17 avril 2026À la une, Art contemporain, Photographie contemporaine

En adoptant un éclairage rappelant les nuances des Polaroids, Petra Collins a élaboré une esthétique reconnaissable immédiatement. En posant un regard doux sur les jeunes femmes, elle a créé un univers au glamour doux et décalé. Avec la sortie de la dernière saison de la série Euphoria, dont le réalisateur a tout bonnement volé le travail de l’artiste, il était temps de remettre l’église au milieu du village.

Née en 1992 à Toronto, Petra Collins est l’une des photographes et réalisatrices les plus talentueuses de sa génération. En plus de son talent artistique, elle est aussi mannequin et actrice, ce qui lui a valu d’être l’égérie du parfum Gucci Bloom en 2016, et a créé toutes les campagnes publicitaires de la Maison en 2017. Son travail se caractérise par un « Female Gaze » où les modèles évoluent dans des décors un brin rétro mis en valeur par une lumière à la fois douce et acidulée. Ce contraste entre les tons pâles et acidulés apporte une dimension onirique aux clichés de Petra Collins. Elle a également signé les campagnes de Bluemarine, fait les couvertures de Vogue, de Numéro ou encore Le Monde. Inutile de dire qu’en 2018, lorsque le réalisateur Sam Levinson contacte Petra Collins, son travail était tout sauf anonyme. Elle a donc travaillé durant cinq mois pour concevoir toute l’esthétique de la série, puis s’est même chargée du casting. Plus tard, HBO lui a annoncé qu’elle n’était embauchée, imaginez la surprise lorsqu’elle a découvert que son travail a été volé. C’est seulement en 2023 que l’artiste a révélé à la presse ce honteux plagiat. Malheureusement, l’effet Mathilda ne se concentre pas uniquement dans les branches scientifiques. Margaret Keane n’aurait pas dit pas le contraire.

Jordan Roger,  Burn Them All, 2022
Vue de la Biennale de la Jeune Création, la Graineterie, Houilles, 2022. Photo © DR

Mais revenons au travail extraordinaire de Petra Collins, qui a toujours su capter les préoccupations de sa génération. Ses premières œuvres datent des années 2010, lors de l’essor des réseaux sociaux et la création d’Instagram. Avec les séries de photos Selfie (2013) et The Teenage Gaze (2010-2015), l’artiste capture le quotidien d’un groupe de jeunes filles s’amusant. Elle s’intéresse à la manière dont les adolescentes se créent une image et la diffusent au monde entier, de manière consciente ou non. On ressent une sensualité latente qui résulte plus de l’intimité que du voyeurisme. L’artiste a créé une proximité et une relation de confiance avec son modèle qui n’est pas juste un sujet. C’est surtout la série 24hr Psycho (2015) qui est à l’origine de l’esthétique d’Euphoria. Ici, l’éclairage se veut volontairement artificiel, la lumière acidulée apporte un aspect presque irréel aux visages des jeunes filles photographiées en gros plan. On retrouve une mise en scène cinématographique avec ces portraits où les protagonistes émergent de l’obscurité. La puissance de cette œuvre réside dans le fait que l’on ne peut pas se soustraire à l’expression des modèles, il n’y a pas de point d’échappatoire. Nous sommes ainsi confrontés à leurs émotions de plein fouet.

 

Pour (re)découvrir son travail : https://petra-collins.com/
@petrafcollins

24hr Psycho, 2025
Selfie, 2013
Campagne Gucci, 2018

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