Gowen à Artgenève

par 2 mars 2022Art contemporain, Exposition

A l’occasion de la dixième édition d’artgenève, la galerie Gowen Contemporary est heureuse de présenter une sélection d’œuvres de ses artistes. Allant de la sculpture cinétique aux toiles monumentales, en passant par la photo de presse, la galerie nous réserve plein de belles surprises. RDV au stand D42!

Danse aléatoire & mécanique poétique
Pour cette édition d’artgenève, l’artiste suisse Sébastien Mettraux a créé une toile monumentale et une projection issues de la série In Silico. Présentées l’automne dernier, ces peintures aux formes végétales et organiques sont générées grâce à un programme d’image de synthèse, puis ensuite peintes à l’huile, une technique tout à fait traditionnelle. L’utilisation d’un logiciel fait écho à la machine, très présente dans le travail de l’artiste, qui dans cette série a voulu s’affranchir de la représentation purement figurative. Lorsque l’aléatoire prend le dessus sur la reproduction fidèle, la structure des végétaux donne naissance à des formes s’organisant comme des figures fractales. Telles des racines aériennes, les méandres d’In Silico 18 (2021) dansent dans un ciel orageux dont l’éclaircie semble augurer des temps meilleurs.

Comme une synthèse des séries Ex-Machina, Vanité et In Silico, les trois sculptures cinétiques au centre du stand nous interpellent. Elles consistent en des machines brassant des fleurs, utilisés habituellement pour soutenir les grosses cadences dans les usines, le but de ces bols d’alimentation étant de distribuer des pièces pour les autres machines. On retrouve le lien qu’entretient l’artiste avec les manufactures du nord du canton de Vaud, des lieux où il y a travaillé pour financer ses études. Cette immersion dans l’univers industriel donnera naissance en 2015 à la série Ex-Machina.

Série In Silico et Sans titre, Sébastien Mettraux
Série In Silico et Sans titre, Sébastien Mettraux

Evoluant hebdomadairement au milieu de ces appareils, l’artiste était plongé dans un monde mécanique dont il ne comprenait pas toujours précisément tout le fonctionnement. De cette expérience naît une véritable fascination chez le plasticien pour les machines, s’apparentant de cette manière à des totems. Ce monde de tuyaux, de formes et de couleurs créant un autre langage, ne répond pas aux critères esthétiques présents dans les objets usuels, car ces machines ne sont pas destinées à être montrées. Leur forme dépend uniquement de leur fonction. D’ailleurs le choix des couleurs de leurs composants résulte seulement de critères pratiques et fonctionnels, ces dernières ne répondent pas à une symbolique particulière. Le sculpteur a donc sélectionné les nuances les plus courantes pour ses trois sculptures.

Pour réaliser cette installation, l’artiste a du faire appel à des ingénieurs et des artisans. En effet, il a fallu créer une forme unique pour ces bols ne distribuant en réalité rien du tout. Des fleurs se substituent aux pièces mécaniques et sont renvoyées perpétuellement au centre du bol de manière aléatoire. Leur éphémérité évoquant le temps qui passe font un clin d’œil à la série Vanité. Le trajet circulaire que parcourent ces pétales peut à la fois évoquer le cycle de la vie  mais aussi la vacuité de notre existence car ces machines effectuent un travail inutile. L’opposition qui réside dans la fragilité organique des végétaux et le calculs issus de l’ingénierie nécessaire au fonctionnement de cette installation crée un contraste à la fois chaotique et poétique.

Politique, féminisme & humanisme
S’il y a un photojournaliste qui n’a plus besoin d’être présenté, c’est bien James Nachtwey. Primé à de nombreuses reprises, il est l’un des reporters les plus reconnus de son milieu. Durant plus de 40 ans, il a photographié les conflits armés, les catastrophes naturelles et la misère à travers le monde entier. Pour cette exposition, la galerie Gowen a décidé de présenter un cliché pris sur le vif, juste après les attentats du 11 septembre. “Quelque chose d’incroyable venait de se produire, et c’était sur le point d’empirer.” A confié le photographe au Time. 

Le photographe capture également des instants de vie moins tragiques. C’est le cas avec South Africa, Transkei (1992)  où il est question d’un rituel de passage à l’âge adulte. Les garçons du peuple Xhosa, natifs de l’Etat du Tranksei, s’enduisent d’argile blanche et s’isolent durant plusieurs semaines pour ensuite assumer les responsabilités incombant à un homme. L’action de photographier ces traditions de longue date rend le travail de James Nachtwey encore plus engagé, sachant que durant l’apartheid, les habitants du Tranksei étaient privés de droit et de toute citoyenneté. Le fait de perdurer ce rituel constitue un véritable symbole de lutte politique. 

USA, New York City, 2001, James Nachtwey

 

Yellow Cake, Ako Atikossie
Série Organicum, Carine Bovey

Les toiles ondulées d’Ako Atikossie ont l’aspect de sculptures bien qu’elles s’avèrent en réalité conçues dans une matière souple. Texturées du signe “moins”, ces pièces racontent chacune une histoire, qui a souvent pour point de départ la science. En effet, dans les contrées de l’Afrique de l’Ouest, ce symbole est utilisé pour interpréter la temporalité de la matière de l’univers. L’artiste nous livre ainsi une réflexion philosophique sur des sujets économiques, sociétaux et politiques. C’est notamment le cas avec Yellow Cake (2021) qui, comme son nom l’indique, évoque les gisements d’uranium et par extension, les conflits provoqués par le besoin de cette matière très convoitée qui continue à plonger les pays du Sahel, notamment le Niger, quatrième producteur mondial, dans une grande instabilité politique. 

Confondre la douceur de la peau avec la délicatesse des pétales, évoquer l’effusion des caresses par un jeu de formes organiques, relier l’humain au végétal sont autant de concepts liés à la série Organicum de Carine Bovey qui constitue une ode à l’amour charnel. Dans Rosa anthurium andreanum magnus glans clitoridis (2021), l’artiste cherche à rendre beau et acceptable des parties du corps vouées à être cachées mais également de faire voler en éclats les tabous subsistant autour de la transidentité.

Poussière céleste & poésie du quotidien
Ayant l’air d’être tombées du ciel, les sculptures Comme une étrange géologie de Pascal Berthoud semblent appartenir à une autre atmosphère. Disposées tels les fragments d’une plus grande entité, elles nous intriguent avec leur aspect chromé. S’agit-il d’un minéral comme la pyrite ou un métal forgé? Leurs soudures apparentes nous donnent la réponse: il s’agit de fines feuilles d’acier inoxydable. Le style de ces œuvres tranche ainsi avec l’aspect biomorphique des sculptures des années soixante auxquelles l’artiste fait référence. Ici, on se trouve dans une géologique improbable, tout droit sortie de son imaginaire, où le matériel industriel devient poétique. 

Tami Ichino dresse les portraits d’objets de notre quotidien. Les formes simples s’imprègnent de symboliques les rendant poétiques, atteignant ainsi une toute autre signification. Dans Porter (Yukizuri) (2021), un pin japonais est soutenu par un tréteau munis de cordes ayant pour but de protéger les branches du poids de la neige. Qu’on y perçoive le besoin humain d’être soutenu pour s’épanouir, la protection maternelle ou encore une incitation à prendre soin de la nature, les voies d’interprétation restent libres à chacun.

Comme une étrange géologie,  Pascal Berthoud

Porter (Yukizuri), Tami Ichino

Sans titre, Sébastien Mettraux

In Silico et sans titre, Sébastien Mettraux

Stand D42
http://www.gowencontemporary.com/

Jeudi 3 mars: 12 – 19h
Vendredi 4 mars: 12 – 20h
Samedi 5 mars: 12 – 20h
Dimanche 6 mars: 12 – 19h

Palexpo
Route françois-peyrot 30

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