Détourner les objets usuels pour en révéler leur potentiel sexuel, c’est le quotidien de Rosie Gibbens. Des chaises de bureau deviennent partenaires sexuels afin de révéler l’ennui de l’univers administratif. Les tâches ménagères sont tournées en ridicule afin d’en dénoncer leur absurdité et le sexisme qu’elles véhiculent. Dans ses performances, l’artiste britannique donne de sa personne, n’hésitant pas à créer des situations mettant mal à l’aise le spectateur.
Le Chat Perché
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L’empreinte de la mémoire
Pour l’exposition L’utile et l’agréable, l’artiste Jeanne Tara prend possession des murs de la galerie andata.ritorno en créant une installation In Situ qui ne pouvait pas mieux se prêter au lieu.
L’image du jour: Tapp und Tastkino Biograph de VALIE EXPORT
Le 14 novembre 1968, l’artiste performeuse VALIE EXPORT se tient debout sur la Karlplatz de Munich, au milieu de la foule. Elle porte en guise de vêtement une boîte en carton munie d’un rideau, évoquant un téléviseur cathodique. Dans cette performance intitulée Tapp und Tastkino Biograph, les passants sont invités à passer leurs mains au travers pour toucher sa poitrine. Dans Tapp und Tastkino Biograph, l’espace public devient alors une salle obscure, les mains se substituant aux yeux. La séance, limitée à 30 secondes, est contrôlée par Peter Wiebel, faisant ainsi office d’ouvreur. Sur le Stachus, cette action de rue ne laisse pas indifférent. En cette période où la population est divisée par le conservatisme et la révolution sexuelle, l’œuvre de la performeuse autrichienne ne suscite pas que des réactions positives. Certains iront même jusqu’à la comparer à une prostituée.
L’image du jour: Lyle Reimer
Jouer avec son corps est d’ailleurs une manière de s’approprier son image. C’est ce que fait l’artiste-écrivain canadien Lyle Reimer sur Instagram, en se créant des masques extravagants à partir d’objets recyclés qu’il reçoit. Il s’interroge sur la valeur d’un objet, ce qui fait que l’on décide de s’en débarrasser. Pourquoi ce dernier, si important à nos yeux, peut perdre de sa valeur au fil du temps. Il serait intéressant de faire un parallèle avec l’usure des relations humaines. Telle une prolongation de ces émotions, l’artiste utilise sont visage comme une toile. Avec ses sculptures faciales, il dévoile son moi profond. Ancien maquilleur professionnel, il collabore aujourd’hui avec les plus grandes Maisons de couture. Une revanche sur son enfance passée dans un petit village au Sud du Canada, où les questions de genres et identitaires étaient problématiques. Dans son travail, l’artiste joue avec les codes liés à des univers contradictoires, créant ainsi des personnages aux histoires hors du commun.
L’apéro du Chat: The Violet Femme
On dit souvent qu’une image vaut mille mots, alors je vais faire court pour cet édito. En cette journée Internationale des droits de la femme, il me semblait primordial de partager des œuvres créées par des femmes, des œuvres représentant les valeurs féministes devenues iconiques. Comme nous l’ont souvent rappelé les Guerilla Girls, seuls moins de 5% des artistes représentés dans les musées sont des femmes alors que 85% des nus sont féminins. Voici donc une sélection d’artistes féminines, confirmées comme émergeantes, qui ont marqué le paysage iconographique féministe.
L’image du jour: Rebellious Silence de Shirin Neshat
Il y a des images qu’il n’y a plus besoin de présenter: Rebellious Silence (1994) en fait partie. La veille de la journée internationale des droits de la femme, Le Chat Perché tenait absolument à partager cette œuvre, si actuelle et chère à son coeur ♥️. Lorsqu’elle a 17 ans, Shirin Neshat part étudier au États-Unis, mais entre-temps, en 1979, la révolution islamique éclate et elle ne pourra jamais revenir dans son pays d’origine. Dans la série Women of Allah, des récits conceptuels sur les femmes guerrières qui ont combattu cette révolution, l’artiste pose en dévoilant des parties de son corps. Sur chaque cliché, elle inscrit un texte calligraphique en farsi sur les yeux, le visage, les mains, les pieds ou encore la poitrine. Ces textes de poètes iraniens contemporains ont pour sujet le martyre et le rôle des femmes dans la Révolution. En prêtant son corps et en posant, elle assume ainsi le rôle d’interprète. Ces photographies sont devenues des portraits emblématiques militants. Malgré la puissance que dégage les images, chaque regard soumis de femme, suggère une réalité beaucoup plus complexe et paradoxale derrière la surface.
L’image du jour: Cinnamon sky #ariel (girl) de Yannick Lambelet
Chez Yannick Lambelet, le masque fétichiste devient revendicateur d’un type de sexualité que les accessoires fétichistes ont ici pour vocation de rendre visible. Depuis toujours, l’artiste suisse met un point d’honneur à introduire des accessoires BDSM dans ses toiles afin de dépoussiérer les tabous qui subsistent encore autour de la sexualité. Ici l’objet devient porte-parole. Grâce à ses mises en scène picturales, il rend visible des minorités et fait découvrir les codes LGBTQIA+ au grand public. Chez Lambelet, l’accessoire occupe une place centrale. Dans Doggy style (2019), il en devient même le sujet principal, car il relie l’humain à son animalité, avec une touche d’humour que l’on retrouve partout dans son travail de peintre. L’artiste aime également mettre en scène ses protagonistes dans des positions suggérant des actes fétichistes. C’est le cas avec Cinnamon sky #ariel (girl) (2019), où l’ont découvre deux femmes se léchant les pieds avec une insertion de la Petite sirène découvrant pour la première fois son pied. Dans une deuxième lecture, ont découvre que la fétichisation d’une partie de son anatomie lors de l’apprentissage de son corps et l’apprivoisement de sa sexualité vont de pair. Ces sujets, si profond et tabous, sont dédramatisés grâce aux couleurs et à la légèreté avec lequel l’artiste arrive à les illustrer.
L’image du jour: En cascade de Vanessa Riera
Avec une installation monumentale composée de 500 jeans morcelés, Vanessa Riera bouscule nos certitudes en matière de consommation. Telle une réponse à la déferlante de pollution liée à l’industrie de textile, En cascade (2023) vise à nous faire prendre conscience de cette problématique.
L’image du jour: Cupboard XI (Titi) de Simone Leigh
Présentée à la biennale de Venise de 2022 au pavillon américain, Cupboard XI (Titi) mêle savamment le bronze et l’utilisation de matériaux naturels. Avec cette série de sculptures, la lauréate du Golden Lion rend hommage aux travailleuses afro-américaines. Depuis plus de vingt-cinq ans, l’artiste travaille sur la représentation de la femme noire dans la société occidentale en jouant avec les stéréotypes dont elle fait l’objet. Avec grand soin, l’artiste traduit délicatement les traits qui la caractérisent mais qui, malheureusement, la stigmatisent aussi. Ainsi, les cheveux crépus et les lèvres charnues deviennent, entre ses mains, de puissants attributs, symboles de force et de fierté. Lorsqu’elle habille ses femmes de bronze de jupes en raphia, fibre naturelle très utilisée au Congo et au Gabon, ou qu’elle réinterprète les coupoles des maisons des Batammaribas du Togo et des Musgums du Tchad, Simone Leigh crée ce qu’elle appelle une « créolisation des formes ». Elle imbrique ainsi la culture africaine et occidentale dans une seule œuvre, afin d’y faire émerger une histoire commune au-delà des frontières.
Les nouveaux codes du baroque
A l’heure où les expositions sur les NFTs fleurissent, Laura Gowen a décidé de rendre hommage à la grande peinture. Avec Revival I – 18ème, elle met en avant, avec la complicité de Rachel Cole, le baroque revisité par des artistes contemporains internationaux. Dans une symphonie de créations aussi diverses que sublimes, les artistes s’approprient cette période en y insufflant les problématiques sociétales actuelles. Cette inclinaison à la création d’œuvres palpables renforce la conviction que nous avons plus que jamais besoin d’authenticité en ces temps incertains.
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